Méfiez-vous : Ils cherchent des excuses pour plus de dette

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C’est le début du printemps à Paris… et le soleil revient de temps à autres.

Le CAC 40 reste autour des 5.300 points, après le plongeon du week-end. Il n’a pas encore choisi la baisse ou le rebond.

Cependant, le sujet des taux d’intérêt revient dans les journaux. En effet, la Fed a annoncé vendredi la “mise en pause” de ses hausses de taux… afin de rassurer le marché.

Mais les taux restent encore très faibles aux États-Unis… à juste 2,25 % .

En zone euro, la BCE n’a toujours pas remonté le taux de base des 0 %.

Mais la crise de 2008 date désormais de plus de 10 ans… Les autorités ne peuvent pas prétendre qu’ils sont en train “d’assouplir” les conditions afin de favoriser la reprise.

La “reprise,” c’est déjà passé…

Alors, à présent, il faut trouver des nouvelles justifications pour continuer à libérer des liquidités…

Et, comme la “lutte sociale,” ou la “guerre contre la terreur,” les taux d’intérêts deviennent un lieu d’affrontement d’idées creuses, de récits faux, et d’informations douteuses.

Alternatives Economiques part à la charge

Quand il y a de l’argent en jeu, les gens sont prêts à penser n’importe quoi… Et quand il s’agit des taux d’intérêts, ces sont vraiment des sommes colossales.

La BCE a pour sa part racheté 2.600 milliards d’euros de titres — surtout des obligations d’Etats de la zone euro — entre 2014 et 2018.

Le prétexte ?

C’est là que ça devient compliqué.

Parce que ce n’est pas comme un plombier qui vous dit qu’il faut remplacer le tuyau qui fuit.

Au moins là, vous avez une idée de ce dont il parle… même si vous ne savez pas s’il dit vrai.

Mais quand il s’agit de parler des taux d’intérêts… on parle de choses qui ne sont même pas faites pour être comprises…

Elles sont faites pour obscurcir… dissimuler… en créant des impératifs de toutes pièces… tout cela basé sur des preuves douteuses et invérifiables.

Ainsi, la revue Alternatives Economiques part à l’assaut aujourd’hui pour soutenir l’idée que les taux d’intérêts ultra-faibles “marchent” et que la BCE a eu raison de racheter l’équivalent de 113 % du PIB français sous forme de dettes, entre 2014 et 2018.

Alternatives titrent cet article “L’impact positif du Quantitative Easing.”

Mais en réalité, ils ne font qu’exposer le peu de fondement réel pour ce que fait la BCE.

Premièrement, si l’objectif de tout cela était de permettre “aux emprunteurs, les Etats, et les grandes entreprises, de proposer des taux d’intérêts plus bas,” l’étude admet que l’effet était peu dramatique…

Après ces rachats, les emprunteurs privés ont pu payer des taux moins élevés d’environ 0,8 %.

Ça ne me semble pas si épatant comme retour-sur-investissement.

D’autre part, nous apprenons que ce sont surtout les Etats qui ont profité…

L’Allemagne payait 1,1% d’intérêts en moins… envoyant ses bons dans des taux négatifs.

L’Italie payait 2,25 % de moins en intérêts…

La France payait 1,6 % en moins…

Bien sûr, Alternatives n’essaye pas de montrer que c’est une bonne chose pour les Etats de payer encore moins de taux d’intérêts.

Est-ce que ça ne les encourage pas justement à emprunter plus… ce qui n’est pas forcément une bonne chose ?

De même pour les entreprises… Est-ce vraiment une bonne chose qu’elles soient encouragées à s’endetter ?

Mais parfois les questions les plus importantes sont traitées avec le plus de mépris…

Et vous l’aurez deviné, les taux d’intérêts… c’est une question d’inégalités…

Expliquent Alternatives :

“…le vieillissement démographique, la montée des inégalités et celle de l’épargne de précaution dans les pays émergents augmentent l’épargne disponible tandis que de moindres investissements publics et privés diminuent le besoin d’épargne.”

Voyez… il faut enfoncer le plus possible les taux d’intérêts pour dissuader les gens d’épargner — il y a trop d’épargnes — et pour combattre les inégalités.

Ça va de soi !

Bien sûr, tout cet argent — le produit des 2.600 milliards d’euros de dettes vendues à la BCE, plus tous les emprunts faits grâce aux taux réduits — va bien finir dans les actions, les dividendes, et l’immobilier.

Et qui bénéficie de cela si ce ne sont les propriétaires, les actionnaires, et généralement les “riches… ?”

Mais voici le plus beau de l’article d’Alternatives

Ils rapportent qu’un groupe de chercheurs a bien situé le taux d’intérêt “parfait” pour l’économie d’aujourd’hui… et c’est plus ou moins celui qu’a choisi la BCE !

“Une étude récente [par des économistes de Harvard] montre que le niveau de taux d’intérêt qui assure un bon fonctionnement des économies développées (sans les ralentir, sans les accélérer) a considérablement diminué en quarante ans et se situe à un niveau très bas, autour de 0,5 %.”

Eh oui… quel heureux hasard !

Voyez :

Le “bon” taux d’intérêt, ce n’est pas tout simplement celui auquel les créanciers sont prêts à prêter… et auquel les emprunteurs sont prêts à emprunter.

Non !

C’est un chiffre tout autre qui devait être trouvé par des recherches poussées d’économistes universitaires.

Comme ça tombe bien !

Et Alternatives de conclure sans la moindre trace de réflexion critique sur le sujet :

“La BCE a bien réussi son pari : ses interventions ont contribué à maintenir des taux d’intérêt bas au moment où la zone euro et ses gouvernements en avaient besoin.”

Un vent nouveau vers l’endettement

Plus personne ne se soucie de la dette… Alternatives n’est pas l’exception.

La nouvelle mode est de dire que la dette devrait en fait être beaucoup plus élevée… parce qu’il faut bien que l’argent vienne de quelque part.

Peu importe que la dette est déjà à des niveaux records.

Et peu importe que ces taux d’intérêts n’aient jamais été vus dans l’histoire.

Comme le disent les chercheurs de chez Harvard, nous vivons dans une “nouvelle ère.”

Et cette nouvelle ère, affirment-ils, n’a rien à voir avec tout ce que nous avons connu dans le passé…

C’est pourquoi le niveau “optimal” des taux d’intérêts les plus bas seraient de 0,5 % … alors qu’à travers l’histoire humaine ils ont toujours fluctué autour des 3 % à 5 % annuels.

C’est étrange : Les taux d’intérêts sont censés nous dire quelque chose sur la valeur du temps…

Mais dans cette ère de changement ultra-rapide… on dirait que le temps ne vaut plus rien.

En tout cas c’est ce qu’ils nous affirment.

Et puis ils pointent vers ces taux d’intérêts truqués et ils disent :

“Vous voyez bien que c’est une nouvelle ère.”

Cordialement,

Henry B