Pourquoi JP Morgan ressuscite les “swaps” sur les actions

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Le marché de Paris demeure plat sur la semaine… serrant la barre des 5.650 points.

Cela car aucun changement particulier n’apparaît.

Du côté des Etats-Unis, la Fed renforce encore et encore l’intervention dans le marché des crédits… Rien ne suffit. Elle a d’abord mis environ 50 milliards $ à disposition du marché des “repos…” puis 90 $ milliards.

A partir d’aujourd’hui, la Fed met au moins 120 milliards $ à disposition du marché en prêts ultra court-termes, en plus d’un programme de rachat d’actions de 60 milliards $ par mois.

La Fed… pas plus que la plupart des commentateurs… n’a d’explication pour la pénurie de liquidités dans le marché des prêts ultra-courts entre institutions.

En tout cas, elle n’en a pas encore fourni. La candidate Elizabeth Warren réclamait vendredi dans une missive au chef du Trésor, Steve Mnuchin, un exposé de la situation devant le Congrès.

Le marché manque de liquidités, mais la Fed non. Celle-ci crée de l’argent par la touche d’un clavier. Elle crée. Le marché en réclame plus. Elle en fait encore… elle n’arrivera jamais à la limite des réserves.

Du coup, la taille de l’intervention de la Fed a grimpé à plus de 100 milliards $… mais rien ne la retient. A la volonté de la Fed, elle passerait à 200 milliards $… 500 milliards $.

Plus elle en donne, plus la demande grossit.

La Fed lève les troupes et les envoie au combat… mais elle ne voit pas l’ennemi en clair.

Les marchés ont leur propre logique

Battre le marché sur ses propres termes, c’est un défi complexe… Si vous essayez de faire quelque chose qui peut être fait par n’importe qui… et qu’ils choisissent de ne pas faire… alors vos chances de gagner de l’argent sérieux sont généralement minimes.

C’est pourquoi investir en suivant ce que vous lisez dans les journaux ne paie pas généralement.

Tout le monde peut lire ce qu’on lit dans les infos. S’il y avait une information dedans qui permettait de prendre des meilleurs décisions, et de faire des retours plus élevés, vous avez de faibles chances d’être le premier à la repérer.

Le marché a l’habitude de fournir des leçons d’humilité à ceux qui sont trop sûrs d’eux. “Le marché peut rester irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable,” c’est un adage connu de l’économiste Lord Keynes.

Ceux qui gagnent beaucoup de l’argent le font la plupart du temps en ayant une connaissance détaillée d’un secteur ou d’un type d’actifs que le restant du marché n’a pas.

Dans quel genre de situation cela se produit-il ?

Cela peut arriver quand vous avez de vastes sommes en jeu sur des projets particuliers. Seuls un comité de gens, proches de la situation, en comprennent le détail… et ont le pouvoir d’agir. Cela procure un avantage… et parfois cela fait des milliardaires.

Prenez Adam Neumann, le créateur de WeWork. Il vient de toucher 1,5 milliards $ de la part de SoftBank… L’investissement du Japonais sur WeWork atteindra bientôt 18,5 milliards $, entre les investissements depuis 2017, et la plan de sauvetage d’aujourd’hui.

En effet, WeWork n’avait pas assez d’argent pour tenir encore 1 semaine, disent des sources. SoftBank avait déjà 8 milliards $ sur le groupe de co-working. Une banqueroute lui coûterait tout.

Le groupe de Tokyo a donc redoublé la mise… pris 80 % du capital de WeWork… et payé 1,5 milliards $ pour le départ de M. Neumann.

Le marché dans l’ensemble n’aurait sans doute pas évalué à plus d’un milliard la contribution de M. Neumann. Et n’aurait peut-être pas approuvé de l’investissement dans WeWork dès le départ.

Mais le marché n’a pas eu d’emprise dans la situation. Tout cela a tenu non au marché… mais aux décisions de quelques acteurs… avec en tête de file Masayoshi Son de chez SoftBank…

Du coup, pour devenir milliardaire, M. Neumann n’avait pas besoin de “battre le marché,” ni d’être plus intelligent que des millions de gens dans le monde et sur Wall Street.

Il avait juste besoin de comprendre une poignée de gens… voire un seul, le chef de SoftBank, M. Son.

Quand de vastes sommes d’argent reposent sur le bon sens d’une poignée de gens, alors des irrationalités sont plus ou moins garanties… et la saga de WeWork et de M. Neumann en témoigne.

Certains analystes, comme Matt Levine chez Bloomberg, voient même dans les actions de M. Neumann un service rendu à la communauté : Certes, il n’a pas construit de valeur dans WeWork. Au contraire, il a gaspillé des milliards. Par contre, il a exposé l’ineptie des dirigeants du fonds “Vision” chez SoftBank… et démontré le danger des “licornes” en général.

En gros : Trouvez un “bug” dans le système… des milliards de dollars mis en jeu selon le bon vouloir d’un petit groupe de décisionnaires par exemple… exploitez-le… et le marché vous en remerciera.

En forçant ceux qui ont commis des erreurs — que ce soit les actionnaires de SoftBank ou les investisseurs dans le Fonds Vision — à encaisser de lourdes pertes, cela réduit en principe leur capacité de nuire par la suite.

Vous remarquerez que cette observation-là va de paire avec l’idée que les marchés sont fondamentalement imprévisibles et impossibles à cerner. Un marché qui serait pleinement prévisible à une petite minorité serait donc exploitable et fragile…

Pourtant, nous l’avons vu, les économistes gagnent des prix Nobel en affirmant que le marché doit agir d’une manière ou d’une autre, et que les autorités peuvent changer son comportement pour accomplir un but, tout comme ils peuvent changer la roue d’une voiture.

L’existence des taux négatifs et le doublement du bilan de la BCE depuis 2008 (il atteint plus de 4.500 milliards d’euros) découlent de cela.

Le risque et les retours

Le marché suit sa propre logique… et les gens appliquent parfois à tort et à travers des leçons de la vie de tous les jours au marché dans l’ensemble…

Ainsi, une forme d’investissement gagne aujourd’hui en popularité, surtout parmi les grosses fortunes ou les fonds des pension.

Ils veulent une garantie de retour… avec peu de risque.

Les obligations dans l’ensemble produisent le plus de sécurité… mais elles ne paient pas beaucoup de rente.

Du coup, les banques proposent maintenant de plus en plus des contrats à certains de leur clients avec une garantie de retours… mais aussi plus de risque que les obligations ou même les actions dans l’ensemble.

En effet, les clients empochent un retour de 3 % à 4 % par an. Mais ces contrats dépendent de la performance en Bourse d’un lot d’actions…

Dans un contrat de JP Morgan, décrit par le groupe Refinitiv, le contrat paie les rentes, du moment que le lot d’actions ne baisse pas de 50 % ou plus. Si c’est le cas, alors les investisseurs perdent la moitié du montant du placement.

En pratique, cela revient à la vente d’options.

Refinitiv explique :

“Une forme raréfiée et risquée de contrat dérivé, une assurance contre l’effondrement des marchés-actions, fait un retour en force; les banques ressortent les outils d’avant-crise pour présenter des opportunités de rente à leurs clients…

“JP Morgan est aux avants de la proposition de contrats swaps sur les actions cette année, selon des personnes du milieu, par lesquels les investisseurs gagnent de l’argent en fournissant une assurance contre les déclins dans les cours des actions.

“Ces contrats dérivés n’ont pas été communément utilisés depuis l’avant-crise, durant laquelle les banquiers ont d’abord proposé l’équivalent des swaps de risque crédit, mais pour les marchés-actions.

[Les swaps de risque crédit fournissent des retours à un investisseur contre l’assomption d’une partie du risque en cas de non-paiement d’une obligation.]

“L’activité dans les swaps sur le risque des actions demeure faible, mais de plus en plus d’investisseurs s’y tournent en cette période de faibles taux, car les retours sont plus difficiles à toucher ailleurs.

“Bien que ce marché soit encore minuscule à côté des swaps de risque crédit, qui est de 8.000 milliards $, les swaps sur le risque des actions comportent un avantage par rapport à leurs cousins : ils ont des retours plus élevés.

“Ces produits proposent aux investisseurs de toucher des retours annuels de l’ordre de 3 % à 4 %, en vendant de l’assurance contre l’effondrement d’un panier de 100 actions; les retours viendront du moment que le marché ne fait pas une grosse chute.”

L’idée est qu’en étant habile vous arrivez à faire quelque chose de quasiment impossible : Faire que le marché vous paie une rente pour assumer un risque qui n’existe pas vraiment.

Bien sûr, rien ne garantit de mauvaise conclusion : Les marchés, le plus souvent, ne baissent pas de 50 %. Et donc les investisseurs toucheront les 3 % ou 4 % et ne souffriront pas de retour de la médaille.

Les fonds d’investissement utilisent souvent ce genre de méthode : Ils vendent des options sur les positions dans le portefeuille. Cela génère des sources de liquidités pour des distributions sans obliger le groupe à vendre d’actions de son portefeuille…

Cependant, changer la forme de votre contrat change votre point de vue… et la structure de vos paiements… mais n’améliore pas la qualité des actifs sur lequel le tout repose.

Que vous ayez des actions en mains propres… des options… ou un contrat du type swap… vous n’êtes jamais qu’en train de parier sur le même panier d’actifs.

Vos retours sont peut-être plus “prévisibles.”

Mais cette prévisibilité n’est pas, en réalité, un gain de sécurité.