Comment Christine Lagarde va renforcer le régime

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Le CAC40 reste au-dessus des 5.700 points. La Fed annoncera — avec quasi-certitude — l’abaissement des taux de 0,25 % aujourd’hui… Cela met du vent en poupe des actions.

Christine Lagarde et les obligations “vertes”

C’est bientôt le départ de M. Draghi à la BCE. Il quitte le poste vendredi et cède la place à Christine Lagarde. Elle passait aujourd’hui sur les ondes, lors d’un entretien avec RTL.

Préparez-vous à avoir une banque centrale nettement plus interventionniste… Mme Lagarde va prendre les rênes, et elle veut plus de dette, plus de dépense… et plus de “vert.”

Bloomberg rapport ainsi que la BCE, sous Mme Lagarde, pourrait se mettre à concentrer les rachats sur les obligations “vertes,” dont environ 580 milliards $ ont été émises depuis qu’elles sont apparues en 2012.

Et environ 180 milliards d’euros de ces obligations auront vu le jour en 2019, selon Bloomberg.

Ce n’est pas surprenant. Les obligations “vertes” n’ont pas de définition stricte. Un grand nombre d’entreprises pourraient tenter de faire passer leurs obligations pour des émissions “vertes” — permettant d’emprunter plus à des coûts plus faibles grâce à l’ingérence de Mme Lagarde et des siens.

Explique Bloomberg :

“La nouvelle directrice de la BCE, Christine Lagarde, a déjà fait allusion à sa volonté de se servir des programmes de rachat par la BCE dans le but de combattre le changement climatique.

“Se servir du bilan de la BCE pour des objectifs autres que celui de la stabilité monétaire représenterait un départ majeur du rôle traditionnel de la banque centrale, mais les analystes Bloomberg le croient envisageable si les politiciens s’y allient.”

La BCE dérègle déjà le marché avec l’imposition d’un taux d’intérêt d’une part, et de la création d’argent par les rachats d’une autre. Cela fournit plus de capitaux à certains — les privilégiés parmi les grosses sociétés cotées dont les obligations vont être ciblées par la BCE — et renforce donc la domination des “gros.”

Mais les distorsions d’aujourd’hui ne suffisent pas.

Maintenant Mme Lagarde en veut encore plus — avec des favoris et des privilégiés. Les émetteurs d’obligations connectées au “vert” — une catégorie qui n’a pas de définition exacte — vont être élevés par-dessus les autres.

Toutes les idées qu’il faut

Le passage de Mme Lagarde sur les ondes ce matin confirmait en gros toutes les craintes à propos de l’héritière du trône à la tête de la BCE.

Sa vision du monde consiste à s’inspirer des idées les plus fausses qui existent, et de les pousser encore plus loin sans se poser de questions sur leur véracité.

Ainsi, en plus de penser que la BCE va aider le changement climatique en ciblant ses rachats d’obligations, elle pense qu’il faut que les autorités se mettent à dépenser beaucoup plus, sans tenir compte de la dette.

Elle ne parle pas tant de la France ou de l’Italie, ou encore de l’Espagne. Pour elle, une dette de 100 % ou plus signale que les autorités se battent vaillamment contre la stagnation économique.

Non, les coupables sont les Allemands et les Néerlandais, qui se contentent de laisser leurs économies se développer sans rechercher de prétexte à des hausses massives de dépense publique.

La voilà :

“…les pays et en particulier ceux qui ont de l’espace budgétaire n’ont pas vraiment fait les efforts nécessaires. On pense évidemment à des pays qui sont de manière chronique en excédent budgétaire comme les Pays-Bas, l’Allemagne, un certain nombre d’autres dans le monde.”

Pour elle, le bien-fondé de dépenser plus… sans se soucier des futures générations qui vont devoir payer la note… est une évidence :

“Pourquoi ne pas utiliser cet excédent budgétaire et investir dans des infrastructures – qui, entre nous, en ont bien besoin contrairement à ce qu’on imagine -, pourquoi ne pas investir dans l’éducation, dans l’innovation pour permettre un meilleur rééquilibrage en présence des déséquilibres actuels ?”

Comment Mme Lagarde a réussi

Bien sûr, la question de Mme Lagarde ne recevra jamais de réponse critique sur une chaîne de radio en France.

Pourtant, bien des livres… ouvrages… essais… pages web ou Youtube… pourraient lui répondre en quoi dépenser plus d’argent n’est pas, inévitablement, un bienfait.

Mais en personne habile de son milieu, elle sait éviter tout ce qui pourrait injecter du doute, ou de la réflection.

Les idées et les convictions entrent le plus généralement sous deux catégories : celles qui ont des enjeux et celles qui n’en ont pas.

Les idées qui n’ont pas d’enjeux sont le plus souvent des idées molles… faciles.

Vous ne courrez aucun risque à les avoir… sauf le fait qu’elles vous empêchent peut-être de voir clair. Mais il y a bien des situations dans lesquelles votre esprit critique, clairvoyant, est davantage un handicap qu’un atout.

Pour sa part, Mme Lagarde a soit l’intelligence… soit l’absence d’idées concurrentes… qui est nécessaire pour adopter les idées les plus pratiques et les appropriées pour sa situation.

Quelqu’un qui a des doutes sur le rôle de la BCE dans l’ensemble n’irait pas bien loin.

A y réfléchir, vous pourriez bien tomber sur la conclusion que la création monétaire par la BCE n’est en rien différente de l’impression de billets par un faux-monnayeur.

Mais ces types d’idées et de convictions ont des conséquences… Si vous désirez avoir une carrière illustre parmi les bureaucrates de l’UE, ou ailleurs, il vaut mieux s’en tenir aux idées qui n’ont pas de conséquences. Ainsi, elles ne viendront pas troubler votre capacité à croire n’importe quoi, quand vous en avez besoin.

C’est pourquoi le va-t-en-guerre gagne. Il a le courage de s’approprier les ressources, et se justifier d’actes que d’autres verraient d’un oeil plus hésitant.

Ce ne sont pas les doux rêveurs qui arrivent au sommet de la hiérarchie. Ce sont les fins politiciens et les gens les moins scrupuleux qui l’emportent.

Parce qu’ils comprennent que le pouvoir ne vient pas d’avoir les meilleures idées, ni du mérite.

Il vient du fait d’être en position de punir ou de récompenser ceux sur lesquels vous l’exercez.

Les idées à la mode

Vous le remarquerez, si vous avez lu l’édition d’hier.

L’idée de Mme Lagarde — selon laquelle certains pays ont “saboté” la reprise en dépensant trop peu — est la même qu’avançait le Pr Michael Ivanovitch hier dans un article pour CNBC.

C’est un ancien conseiller en stratégie économique à l’OCDE et à la Fed, ainsi qu’un professeur à l’Université de Columbia.

Il prenait position hier en faveur d’un redoublement des dépenses par les Etats… en particulier en Europe. En effet, disait-il, les Etats ont plus d’accès à la dette que jamais… Ils devraient donc emprunter et dépenser.

Les Etats-Unis, par exemple, feront un déficit de plus de 1.000 milliards $ en 2019. Un record pour n’importe quel pays.

Pour le Pr Ivanovitch, le gouvernement de Donald Trump fournit — avec tant de dépenses — une protection à l’économie du monde contre la stagnation.

Selon les chiffres de l’OCDE, les Etats-Unis sont le pays le plus déficitaire des pays développés, avec un déficit de plus de 4 % du PIB depuis 2017. La France a un déficit de seulement 2,5 % du PIB, environ.

Le Japon a un déficit de l’ordre de 3 % du PIB, mais le Pr Ivanovitch les incite à en faire plus. Pourquoi ? Car les détenteurs de la dette japonaise sont en quasi-totalité des citoyens japonais… qui sont obligés de continuer à détenir des obligations en yen. Si l’inflation revient, l’Etat pourra toujours spolier les épargnants.

Mais les idées du Pr Ivanovitch n’en font pas un marginal ou un excentrique. En effet, Mme Lagarde pense de même.

C’est même devenu la pensée dominante dans les cercles médiatiques et des économistes réputés.

Et l’accès de Mme Lagarde au trône de la BCE ne fait que raffermir leur étreinte.