Avec Christine Lagarde : Vers la tyrannie de l’union budgétaire

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Hier, la Fed annonçait — en temps et en heure — l’abaissement du taux aux Etats-Unis d’un quart de point. Le CAC 40 tentait au-dessus de la barre de 5.700 points.

En dehors de cela, les investisseurs regardaient le langage de la banque centrale dans le rapport de la réunion. Presque rien n’a changé sur les réunions précédentes.

Cependant, la Fed a changé une phrase dans le texte de l’annonce.

La stratégie pour l’avenir, à la Fed, n’est plus de faire en sorte de maintenir l’expansion économique. Mais simplement de viser les taux “appropriés.”

Cela suggère que la Fed ne garantit pas d’abaissement des taux avant la fin de l’année, même en cas de faiblesse dans les données économiques.

Cependant, elle n’a pas non plus écarté la possibilité de baisses. Et elle a même dit qu’elle restait prête à assouplir encore plus sa politique en cas de besoin assez grave.

Explique M. Powell :

“Pour l’avenir, nous allons suivre les effets de notre stratégie de taux, en parallèle aux autres informations qui affectent l’état de l’économie, pour choisir les niveaux appropriés pour les taux d’intérêts directeurs.

“Bien sûr, si de nouveaux développements émergeaient qui nous faisaient revoir notre évaluation, nous agirions en conséquent. Notre politique n’est pas fixée définitivement.”

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que les commentateurs demandent de mettre fin à toute retenue.

Ecrit Karl Smith, un ancien professeur associé d’économie à l’Université de la Caroline du Nord :

“…les attentes pour l’inflation [américaine] continuent de tomber. Si la Fed ne réussit pas à arrêter le déclin, alors elle risque d’exposer l’économie américaine à la déflation quand la prochaine récession se présentera. Ce serait particulièrement dangereux puisque, lorsque les prix se mettent à tomber, alors les entreprises ont encore moins de revenus pour embaucher et payer des salaires. Cela peut créer une spirale de stagnation.”

La Fed. La BCE. La Banque du Japon. Aucune n’a réussi à relever l’inflation avec leurs interventions monétaires.

Cela signifie-t-il donc qu’il faut en faire encore plus ? Cela signale sans doute que cette politique n’est pas efficace. Pourtant, cela n’en réduit pas la popularité auprès des “élites…”

Une monnaie. Une politique.

Il existe un contingent vociférant en faveur d’assouplissement et de programmes de relance encore plus agressifs — de la part des banques centrales et des gouvernements.

Le comité éditorial de Bloomberg en rejoignait les rangs aujourd’hui.

Ils expliquent que le rôle des banques centrales n’est pas de garantir la stabilité monétaire… mais de faire en sorte que le taux de chômage soit le plus faible possible.

Ils écrivent à l’occasion de l’accès de Christine Lagarde à la tête de la BCE…

En effet, Mme Lagarde fait partie des “leurs.”

Elle croit aux bienfaits de la politique monétaire et à la stimulation. Elle veut plus de dépense de la part des gouvernements, au prix d’une augmentation de l’endettement.

Les journalistes de chez Bloomberg appellent la nouvelle directrice à “vaincre” les forces d’opposition à la stimulation monétaire.

Et en particulier, les contraindre d’adopter une stratégie plus dépensière, par le biais d’une “politique monétaire commune.”

En pratique, cela serait l’outil pour prendre les rênes à ceux qui continuent de faire opposition à l’intervention croissante de la BCE dans l’économie.

Ils écrivent :

“Mme Lagarde ne peut pas espérer réduire au silence [les opposants à l’assouplissement monétaire]. Elle va donc devoir remporter le débat. Par ailleurs, il faudra qu’elle démontre sa victoire sur eux, sinon les investisseurs pourraient être déstabilisés et la politique monétaire deviendra encore moins efficace.

“A cette fin, Mme Lagarde devrait mettre fin au secret des réunions de la BCE. Elle devrait rendre publiques les délibérations, prendre la main sur les opposants, et exiger que les décisions de la banque soient soutenues par tous.”

Ils proposent par ailleurs qu’elle pousse vers une politique monétaire commune. Cela voudrait dire que l’Europe dans l’ensemble dépenserait, à la place des pays chacun de leur côté.

Cela permettrait par exemple de dépenser l’argent des Allemands sans leur demander leur avis.

Comme le disait Mme Lagarde hier, Bloomberg aussi croit à un sabotage de la croissance par les pays comme l’Allemagne.

Ils écrivent :

“L’Allemagne, et d’autres économies, ont encore largement les moyens d’augmenter les dépenses ou encore de réduire les impôts, et donc d’augmenter la demande totale, mais elles se sont retenues. Collectivement, même avec un très faible taux d’inflation, et une demande stagnante, les pays de la zone euro produisent un stimulus fiscal négligeable.”

La situation d’aujourd’hui devrait remettre en question beaucoup de choses

Les banques centrales n’ont pas précédemment connu d’expérience dans laquelle l’inflation reste si faible pendant si longtemps, avec des taux aussi bas.

En principe, l’argent supplémentaire affluent dans l’économie devrait augmenter les dépenses et donc les prix. Mais cela n’a pas eu lieu…

Aux Etats-Unis, par exemple, le comité du Congrès qui surveille le budget, le CBO, établit un plancher dans le taux de chômage. Selon son étude, ce niveau minimum existera quoi qu’il en soit en raison des facteurs structurels.

Or l’économie américaine a traversé ce seuil depuis 2 ans et continue de baisser, le taux de chômage n’étant plus qu’à 3,5 % (voir graphe de Bloomberg).

Cela montre surtout que les modèles du CBO doivent être faux… mais ils auraient dû s’en douter.

Des taux de chômage très faibles ne sont pas une aberration, comme peuvent le prétendre certains économistes.

En 2001, la Suisse avait un taux de chômage de seulement 1,5 %. Et avant le choc pétrolier en 1975, le pays dans son entièreté aurait eu seulement 81 chômeurs. Moins de 100 personnes au chômage dans tout le pays !

Le Liechtenstein a moins de 300 personnes au chômage de nos jours.

Selon une étude de l’Organisation internationale du travail, basée à Genève, le Cambodge aurait un taux de chômage de seulement 0,2 %.

La raison est principalement que le pays n’a pas imposé de grosses restrictions et de charges sur le travail. Le Code du Travail n’a pas changé depuis 1997.

Et ce Code fait seulement 68 pages. En France, le Code faisait plus de 3.800 pages en 2016.

Mais si les fondements de l’idée du taux minimum de chômage sont fragiles… qu’en est-il du taux de 2 % d’inflation que visent les banques centrales depuis des temps immémoriaux ?

Sous les huits ans de Mario Draghi à la BCE, l’inflation de la zone euro a baissé de 2 % à 1 %. En théorie, cela devait faire mal à la croissance. Mais le taux de croissance n’a pas changé. Il est resté d’environ 1,2 %, comme lors des 8 années précédant son mandat.

En gros, ajouter 3.000 milliards d’euros à l’économie de la zone euro n’a pas changé grand chose.

Depuis la crise, rien ne suit le script… Les programmes de relance ne fonctionnent pas. L’inflation baisse mais la croissance ne change pas. Le taux de chômage américain passe au travers du plancher. Les obligations paient des intérêts de moins de 0 %…

Mais pourtant, les solutions restent les mêmes : Abaissez les taux. Augmentez les dépenses. Rachetez des obligations.

La prochaine phase

La plupart des analystes attendent toujours une récession en 2020. La réduction des taux de la Fed n’a rien changé là-dessus. Cela a juste adouci l’impact sur les valorisations des actions.

Pour cette raison, les valeurs des actions grimpent toujours… mais d’ici la fin de l’année… et dans la lignée en 2020… l’économie sous-jacente va tester cette passivité.

Tout le monde a compris le message de M. Powell. Lui et le restant du comité qui dirige la Fed laisseront les taux aussi longtemps que possible inchangés… mais ils ne vont pas se refuser de les baisser si jamais une récession commence pour de vrai.

La politique d’assouplissement de la Fed vis-à-vis du marché continuera.

En fait, la confirmation d’une récession en 2020 servirait d’excuse pour la fin de toute retenue.

Les taux américains accéléreraient leur chemin vers 0 %. Les taux européens en profiteront pour sonder l’abysse des taux négatifs… Mme Lagarde n’hésitera pas à les enfoncer sous prétexte d’aider les gens qui “cherchent du travail.”

Et cette fois, une nouvelle faction encore plus zélée sur la politique monétaire et sur le stimulus va être aux commandes.

Il ne manque plus qu’ils solidifient leur étreinte en imposant à l’union monétaire un budget commun… la prise de contrôle des dépenses par Bruxelles… au nom de protéger l’union contre la stagnation.