Thomas Piketty va être ravi…

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Et maintenant, la Bourse de Paris fait encore un record : Le CAC 40 dépasse les 5.800 points. Il affiche donc un plus-haut de 10 ans.

Que ce soit une bonne chose ou non que la Bourse soit à un plus-haut, ce n’est pas facile à affirmer. Cela veut dire qu’un investisseur typique paie plus cher pour obtenir une participation au sein d’une entreprise.

Si vous vous fâchez à l’idée des inégalités, alors l’augmentation des prix des actions devrait vous fâcher tout autant. Cela met plus hors-de-portée qu’auparavant la participation aux bénéfices pour l’épargnant.

Vous pourriez donc être tenté de voir dans la politique de la BCE et des autres banques centrales, qui ont pour résultat de pousser les prix des actifs vers le haut, une fausse-route… une entrave plutôt qu’un atout pour faire survenir un monde meilleur.

Surtout que l’historique des interventions monétaires dans les économies n’est pas très glorieux. En général, cela finit en la dévalorisation de la monnaie et en la déperdition des épargnes de ceux qui n’ont pas pu s’en protéger à temps.

Les contradictions dans la lutte contre les Inégalités

Néanmoins, les mêmes cercles de gens qui sont les plus vexés par les injustices sociales, les inégalités, ou le changement climatique sont en général les mêmes qui veulent manipuler les prix des actifs, changer les taux d’intérêts, et forcer les épargnants à payer plus pour des retours moins intéressants (en poussant les prix des actifs à grimper).

En plus de cela, ils mettent à mal un grand nombre de projets personnels poursuivis par des individus en voulant imposer toujours davantage de restrictions, taxes et régulations sur les uns et les autres, toujours avec le prétexte de vouloir faire le Bien.

L’idée que leurs propres bonnes intentions soient insuffisantes pour garantir que leurs projets porteront les bons fruits leur semble absurde.

La possibilité que le monde meilleur qu’ils voient n’est en réalité qu’un mirage pour justifier leur étreinte sur les autres, ce n’est pour eux qu’une incohérence, une idiotie.

Depuis plusieurs siècles au moins, les arguments contre l’interventionnisme économique sont là. De nombreuses institutions et penseurs continuent de mener ce combat-là. Mais ceux qui veulent que l’Etat prenne les rênes et exerce plus de contrôle ne veulent pas entendre… et n’ont le plus souvent jamais sérieusement regardé les contre-arguments.

Ni même les nombreux désastres qui ont eu lieu lorsque leurs propres idées ont été mises en application à travers les siècles.

Mais dans le monde actuel, c’est justement la pensée rationnelle et empirique elle-même qui est maintenant pervertie et mise au service de ce qu’elle devrait naturellement affronter.

Les faits n’ont jamais été en faveur des démagogues et des grandes ambitions nationales. En effet, celles-ci sont basées sur des récits, des mythes. Le but est de galvaniser un électorat. Et non d’être un rapport fidèle de la réalité, toujours beaucoup plus nuancée.

La science est censée confronter la réalité aux mythes… montrer en quoi la croyance populaire est fausse ou incomplète.

Mais voici que la Science semble faire l’opposé. Au lieu de montrer les fautes dans les récits populaires… au lieu d’en montrer les failles… elle veut lui donner raison. Au lieu de nuancer et de remettre en cause les mythes du jour, elle veut les renforcer et les protéger.

La Science contre les Inégalités

La revue Scientific American, qui est supposée de nous présenter les dernières découvertes de la Science qui peuvent intéresser le grand public, publie à présent les recherches de mathématiciens et de physiciens sur le sujet de inégalités dans l’économie.

Cela fera plaisir à Thomas Piketty. Comme lui, les auteurs prétendent démontrer, grosso-modo, que la richesse a tendance à se condenser entre les mains d’une élite. Sans l’intervention d’un Etat, conclut l’étude, les économies tendent vers l’oligopole… à la consolidation entre les mains d’un petit nombre, disent-ils.

Bruce Boghosian, professeur de mathématiques à l’Université de Tufts, prétend qu’un modèle “simple” de l’économie, s’inspirant de la physique des matériaux et des transitions de phase, permet de reproduire le flux des capitaux au sein d’une économie. Et que son modèle montre… donc… que le les capitaux ont tendance à se consolider pour des raisons plutôt aléatoires… et qui n’ont rien à voir avec l’idée de mérite ou de travail… mais juste de circonstances.

En effet, si son modèle, dans lequel ne figure que le hasard gouvernant des transactions, peut reproduire les résultats du monde réel — sans tenir compte de choses comme l’assiduité, ou l’intelligence, ou les comportements des participants –, c’est que ces choses-là ne doivent rien à voir dans l’équation.

L’inégalité, en gros, ressemble à un phénomène naturel. Comme un tremblement de terre. Un feu de forêt. Ou le ruissellement d’un cours d’eau. Et donc l’on peut le combattre tout comme on le peut ces choses-là.

L’auteur de l’étude conclut que ses recherches impliquent un rôle de l’Etat pour la redistribution :

“La chance joue un rôle beaucoup plus important qu’il ne l’est normalement reconnu, si bien que les vertues qu’on attribue à la richesse dans la société moderne, et de même la stigmatisation de la pauvreté, sont totalement injustifiées.

“De plus, seul un mécanisme consciencieusement établi pour la redistribution peut compenser cette tendance naturelle qu’a la richesse d’affluer depuis les personnes pauvres vers les riches dans une économie de marché.”

Et voilà : d’une seule traite, il défait l’un des tenants les plus établis de la vie humaine, celui que les résultats que vous avez sont affectés par les actes et les décisions que vous prenez. Tout cela n’est que hasard… et le gouvernement doit être là pour rectifier ces injustices de la Nature.

Maintenant, le Pr Boghosian tente de faire une distinction très politique. Il prétend que la redistribution par l’Etat ne signifie pas de taxer :

“La redistribution est souvent confondue avec les impôts, mais les deux concepts sont tout à fait différents. Les impôts sont perçus sur les gens pour financer les activités du gouvernement. La redistribution, au contraire, peut être implémentée par les gouvernements, mais il est mieux d’y penser comme un flux de richesse de certaines personnes vers d’autres afin de compenser pour l’injustice inhérente dans une économie de marché.”

Par “injustice inhérente,” le Pr Boghosian parle des différentes aléas de la vie qui ont donné un avantage à quelqu’un contre quelqu’un d’autre. Untel a fait une connaissance à l’Université qui lui a valu d’être millionnaire, Un autre a eu la chance d’avoir une idée utile pile au bon moment. Ils n’ont pas mérité cette chance-là ! Qu’ils ne jouissent pas des bienfaits !

Le Pr Boghosian continue :

“Dans un système de redistribution neutre, toutes les personnes en-dessous du niveau médian percevraient des fonds, alors que ceux qui en sont au-dessus en paieraient. Et, puisque les niveaux actuels d’inégalités sont si extrêmes, beaucoup plus de gens en recevraient que n’en paieraient.”

Maintenant, le Pr Boghosian lui-même laisse de côté toute prétention de “neutralité” — s’il lui en restait — en expliquant que ses résultats sont un “appel à l’acte.”

Par qui ? Mais bien sûr, par les autorités. Le monde meilleur qu’il voit n’est réalisable qu’à la pointe d’un fusil… en forçant ceux qu’il considère comme sans-mérite d’être spoliés.

Et le professeur, lui, regardera tout cela avec fierté… extasié que ses efforts aient joué un rôle dans ce Nouvel Ordre !

Les idées les plus insensées

Parfois les idées les plus insensées reçoivent l’approbation des élites et des masses en même temps. Seuls les gens qui sont entre les deux, qui ne sont ni dans la foule entraînée, ni dans les intellectuels de proue, voient ce qui se passe assez clairement.

Ce sont des idées qui sont faites pour plaire aux gens qui ne comprennent pas grand chose au détail du fonctionnement du monde… et qui sont faciles à manipuler du moment qu’on leur répète assez souvent la même chose… par un nombre assez élevé de gens.

Essayez de faire croire à une seule personne que vous connaissez que le climat de la Terre change… Il aura peut-être des doutes sur vous, sur votre capacité intellectuelle. Sur vos intentions…

Mais faites-le en groupe et vous pouvez convaincre des peuples entiers. Ils finiront par vous affirmer que le climat change autour d’eux avec la même sûreté que s’il s’agissait de leur demander la couleur du ciel.

Et c’est pareil pour le problème des Inégalités… ou un tas d’autres sujets qui s’imposent dans la pensée populaire tels une grippe hivernale.

Selon l’étude du Pr Broghosian, les décisions individuelles de gens — tout ce qui n’est pas de la chance — compte pour de l’ordre de 0,3 % des résultats financiers qu’ils obtiennent.

Cela vous semble-t-il vrai ? Cela pourrait-il être vrai ? Que vous soyez à ce point-là un atome libre… sans conséquence sur votre propre situation ? N’est-il pas plus probable que vous avez au contraire un impact très important sur votre propre situation ? Sinon, à quoi bon faire d’études ? A quoi bon se rendre au travail ? Pourquoi ne pas s’asseoir tranquillement sur son canapé et boire de la bière du matin au soir ?

Evidemment, le Pr Broghosian a réfléchi à cela et vous livre déjà la réponse : Les actes que vous prenez ne sont qu’un résultat des aléas. Si vous avez beaucoup étudié, ce n’est que parce que vous êtes né dans le bon milieu, avec les bonnes conditions. Si vous n’avez pas de problème avec l’alcool, c’est que vous avez les bons gènes. Etc.

Mais cela n’est-il pas en conflit avec la réalité que nous vivons chacun ? Ne voyons-nous pas justement certaines personnes réussir — et pas d’autres — car justement ils ont fait des choix différents ?

Certes, personne ne peut prévoir à l’avance ce qui va se passer si vous faites un choix contre un autre.

Un individu qui ne sort jamais de devant la télé aura peut-être plus ou moins la même richesse qu’un autre qui suit le droit chemin, se rend au travail tous les jours, et qui subit un contretemps financier majeur.

Il existe certes des aléas et un facteur chance.

Mais même ce que prétend montrer l’étude — que l’argent a tendance à s’accumuler toujours entre les mêmes mains — est faux. Sinon, d’où viendraient les nouvelles fortunes qui émergent?

Et pourquoi ceux qui sont riches ne le restent-ils pas éternellement ? Au fil des générations ?

Il existe déjà une force de distribution forte dans la Nature. Et c’est justement l’économie de marché qui en est responsable.

Mais peut-être que nous devrions faire l’expérience de ce genre de redistribution. Mais pas dans une nation toute entière. Juste parmi les mathématiciens, par exemple.