Me voici au Portugal…

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Me voici au Portugal… la ville est encore en train de se sortir de ses années de sous-développement économique. L’on voit de vieux bâtiments peu attirants en bordure de ville… comme l’on peut le constater dans les alentours de Moscou… ou de villes du tiers monde.

Cependant, le pays fait boom… et les rues de la capital abondent de touristes et de magasins.

Alors que la pluie tombait sur Paris dans la matinée, c’est une température de début d’automne qui perdure ici…

Projets grandioses pour le climat

Vous voyez, les journaux ne sont jamais satisfaits de vous dire ce qui se passe dans le monde.

Il faut aussi qu’ils vous disent ce qui devrait se passer, selon eux.

Mais les journalistes qui écrivent ces prescriptions ne sont ni des surdoués ni des penseurs critiques hors-paires. Et donc les idées qu’ils avancent sont, inévitablement, dans le moule des idées les plus courantes et communes parmi leurs paires.

C’est pourquoi ils ne peuvent pas s’empêcher de vous répéter toujours, à peu près, les mêmes choses. Faire différemment porterait tout simplement un risque élevé pour leurs perspectives de carrière. Les journalistes sont une communauté cloîtrée. Vous vous fondez dans la masse ou vous risquez de vous retrouver à la rue.

Ainsi, la dernière idée qui est à la mode, et qui est perçue comme à la fois évidente et inaltérable, c’est que le gouvernement devrait “en faire plus” pour le climat et les émissions de de gaz à effet de serre.

Ces choses-là constituent indéniablement le danger le plus imminent pour notre époque… et il faut à tout prix exhorter les Etats à la cause.

Le journal Les Echos y consacre même un pli spécial aujourd’hui, montrant comment les jeunes poussent les institutions supérieurs à rendre les cours sur l’écologie obligatoire… ou à éteindre les lumières le soir… entre autres mesures.

Mais le thème parsème le journal.

Jeffrey Sachs, professeur de l’Université de Columbia, écrit que les enjeux écologiques font partie des raisons derrière les soulèvements de masse au Chili :

“La croissance économique sans justice ni préservation de l’environnement porte en germe le désordre et le non bien-être. Nous avons besoin d’une offre beaucoup plus vaste de services publics, d’une redistribution plus conséquente des revenus des riches aux pauvres, et d’investissements publics plus importants pour garantir un environnement durable.”

Personne n’a de définition exacte de ce que constitue “préserver l’environnement.”

Et il n’est pas apparent que l’environnement soit moins bien entretenu au Chili qu’ailleurs.

Quant à la redistribution, le Chili est justement l’un des pays dans lesquels les gens moins aisés captent une part grandissante de la richesse nationale au cours des dernières décennies. Il semblerait que le marché y fait déjà ce que le Pr Sachs souhaite voir par le biais d’une intervention étatique.

Le Chili, par ailleurs, est sans doute l’un des exemples les mieux connus du succès des économies de marché. Après la chute de la dictature de Pinochet, le pays a fait venir des conseillers en politique économique pour l’aider à mettre au point une stratégie. C’étaient des gens de l’école économique de l’Université de Chicago, et ils ont conseillé que le pays adopte une économie de marché, en cessant au maximum l’intervention étatique dans l’économie, en réduisant les dépenses et les impôts, ainsi que les droits de douane.

Cela a fonctionné ! Le Chili est le pays le plus prospère de l’Amérique du Sud.

Imaginez que le Chili décide de renier tout ce qu’ils ont fait depuis la fin de la dictature. Et qu’au lieu de continuer une économie de marché, ils mettent en place un système massif de redistribution de la richesse, ainsi qu’un vaste programme pour “verdir” le pays.

Voyez comment la stature du Pr Sachs en serait amplifiée !

“Financer massivement la transition climatique”

Mais c’est loin d’être le seul de ce genre… et ce n’est pas non plus le plus dangereux, rien que dans les pages des Echos.

Non, cette distinction doit revenir à Jean-Marc Moulin, un professeur des universités en droit…

Il écrit aujourd’hui que l’Union européenne — qui voudrait raffermir son emprise sur la zone avec un budget commun — devrait également prendre des mesures afin de rediriger l’activité des banques et de la BCE vers la “transition écologique.”

Le voici :

“…à une époque où l’argent n’a jamais été aussi bon abondant et bon marché, deux leviers pourraient être rapidement actionnés par un Etat audacieux.”

Vous n’allez pas être surpris d’apprendre que selon M. Moulin, spolier les épargnants est un acte “audacieux.”

C’est ce qu’il propose… sous une forme indirecte. Au lieu de prendre tout simplement l’argent aux épargnants, il veut arranger les régulations sur les banques pour que leur argent s’y retrouve quoi qu’il en soit :

“…à l’heure où la BCE s’apprête à la fois à transposer les nouvelles règles prudentielles (Bâle IV) et à reprendre sa politique d’achat massive de titres, ne pourrait-on envisager de ‘verdir’ les unes et l’autre ?

“D’une part, en pondérant très favorablement le bilan des banques tous les investissements qui participent, directement ou non, à la lutte contre le réchauffement climatique (…) et en libérant ainsi des fonds propres réglementaires; d’autre part, en exigeant de la BCE qu’elle privilégie les rachats de titres ayant pour sous-jacents des actifs qui participent à la transition écologique, encourageant ainsi les banques à accroître leurs financements ‘verts.’”

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Alors que les banques sont déjà en train de digérer si bien que mal les lourdes restrictions mises en place sur leurs activités par Bruxelles… ainsi que les taux d’intérêts négatifs… le tout issu de la dernière vague d’idées de génie… il faudrait maintenant y ajouter encore une couche de complexité byzantine.

À présent, au lieu de valoriser l’ensemble des actifs des banques à égalité, les autorités régulateurs utiliseraient des chiffres différents — plus favorables — pour évaluer les actifs qui sont adossés au “vert…”

Pendant qu’ils faussent ainsi l’application de leurs propres règles, ils seraient d’autre part en train de fausser la valeur de ces actifs dans le marché réel en créant une demande artificielle de la part de la BCE.

Mais pour M. Moulin, tout cela est d’une banalité et d’une évidence dénuée de toute objection viable :

“Le cadre est posé, l’argent est là. Ne manque que l’essentiel : le courage politique.”

Vous pourriez vous poser la question de s’il ne manquait pas un peu plus que le “courage politique.”

Cette forme de “courage” semblerait être la volonté d’appliquer des méthodes nouvellement inventées de trucage économique… sans tenir compte des effets secondaires potentiels.

Descendre une bouteille de vodka et puis vous mettre au volant d’une ferrari demande peut-être une forme de “courage.” Cela ne signifie pas que c’est une bonne idée.

Mais M. Moulin et les siens vont-ils ensuite s’assurer que l’argent de ces politiques sera dépensé à bon escient ? Que les obligations “vertes” le sont pour de vrai ? Que le fait de les racheter conduit réellement vers une réduction des émissions du carbone ? Et si oui, si cela produit un résultat observable sur le climat mondial ?

Et puis… s’ils le font… et qu’il s’avère que c’était de l’argent gâché — pour une raison ou autre — , vont-ils faire quelque chose pour se rattraper d’avoir imposé un tel fardeau à l’économie et manipulé les épargnes de dizaines de millions de gens, sans avoir pris conscience des risques ?

Non.

Et c’est justement l’intérêt.

Les gens comme M. Moulin pourraient se lancer eux-mêmes dans le financement des projets “verts.” Ils apprendraient peut-être que c’est un terrain plus vague et difficile à négocier qu’il ne paraît. Ils pourraient y mettre leurs propres économies, et convaincre d’autres personnes partageant les mêmes idées de les soutenir.

Mais ce serait là un mode de vie beaucoup trop contraignant pour des visionnaires comme ceux-ci.

Et c’est bien le problème des gens qui ont une vision qui doit être appliquée aux autres de force, et non de leur plein gré.

Si les visionnaires qui “réussissent” ont leur image gravée dans l’histoire du monde, cela ne signifie pas que le restant de l’humanité s’en sort gagnante.

Comme l’écrivait l’auteur Ralph Raico à propos de Léon Trotski, dans un commentaire sur la biographie de celui-ci écrite par Irving Howe :

“[Trotski] était-il un titan du 20ème siècle ? Dans un certain sens, oui. Du moins, Léon Trotski partageait-il avec les autres ‘titans’ du siècle cette caractéristique : il aurait mieux valu qu’il ne soit jamais né.”

Mais la fête de “l’argent bon marché” pourrait toucher à sa fin

Ces dernières années, les investisseurs ont pu se la couler douce, tandis que les indices atteignaient constamment de nouveaux sommets. Mais voilà qu’un signe d’inversion a lieu… les taux sur les obligations d’Etat remontent.

Cela est un résultat logique de l’amélioration de l’humeur des marchés. Le CAC 40 dépasse les 5.800 points pour la première fois depuis 12 ans, et l’indice a même failli atteindre les 5.900 points dans la matinée.

C’est un marché passé de l’hésitation à l’euphorie en un clin d’oeil. Mon collègue Antoine Quesada avertit qu’il faut savoir se méfier des annonces d’un accord commercial entre Washington et Pékin. Dans le passé, les deux puissances ont déçu les attentes et les marchés ont replongé.

Cependant, des indices suggèrent que la récession causée par le conflit commercial était moins sévère que prévue.

Selon une analyse par Swiss Quote Bank :

“Hier, les commandes aux usines allemandes ont grimpé de 1,3 % en septembre sur le mois précédent, plus que les 0,1 % prévus par les analystes…

“La hausse des commandes envoyées aux usines s’est stabilisée, bien qu’à un niveau faible, ce qui indique qu’il y aura une légère croissance de la production au dernier trimestre. Cela pourrait indiquer que l’Allemagne a touché le fond.”

Si la consommation et les commandes remontent, et que les actionnaires rentrent à nouveau sur les actions, alors les intérêt sur les obligations devraient grimper.

Cela a lieu en ce moment. Les obligations du Trésor français à 10 ans de maturité étaient arrivées à payer des taux négatifs cette année. Ils ont atteint – 0,4 % en fin d’été. Mais ils remontent depuis septembre. A présent, ils ne sont plus qu’à – 0,02 %.

La tendance n’est pas unique à la France. Les taux sur les obligations américaines et allemandes grimpent de concert.

Ce n’est pas encore la fin de “l’argent bon marché,” mais — si cela continue — cela va certainement compliquer les projets de “financement massifs” qui abondent en ce moment.