Attaque de drone à Abqaiq — ce qu’attend le pétrole

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Les marchés sont des machines à absorber l’information et à la disséminer, via la mécanique des prix.

Hier, le prix du pétrole a subitement montré un problème potentiel.

Pourquoi ?

Le prix du pétrole a bondi samedi après l’annonce d’une attaque par drone sur Abqaiq, l’un des plus gros points de traitement pétroliers d’Arabie Saoudite.

En raison des dégâts, environ 5,7 millions de barils de pétrole par jour, soit la moitié de la production saoudite, ou 5 % de la production mondiale, n’arrivera plus sur le marché en attendant qu’il soit réparé.

Le prix du baril a flambé du jour au lendemain.

Le prix Brent, celui du pétrole sortant de la mer du Nord, a grimpé de 19 % à 72 $ le baril. Le prix WTI, celui du pétrole acheminé via le Texas, moins cher car de moindre qualité, a grimpé de 15 % à environ 63 $ le baril.

Les autorités américaines semblent convaincues que l’Iran, sur laquelle les Etats-Unis ont imposé de lourdes restrictions à l’exportation, a commandité l’assaut.

Mais Donald Trump se disait prêt à attendre le verdict des Saoudiens.

Les analystes spéculent qu’avec l’expulsion de John Bolton du cabinet présidentiel récemment — il était en faveur d’attaques militaires sur l’Iran –, ainsi qu’en vue des présidentielles de 2020, la réponse des Etats-Unis demeurera limitée.

Par ailleurs, le président américain a annoncé qu’il débloquerait les “réserves stratégiques” — des stocks de pétrole conservés par le gouvernement – pour contrecarrer la baisse de production.

Si bien que l’impact de l’incident sur les prix pétroliers pourrait être relativement limité sur la durée… du moment qu’il n’est pas suivi par une surenchère des hostilités.

Des rendements élevés continuent d’être payés

Les valeurs pétrolières ont subi une grosse pression depuis 2015, quand le prix du baril a été coupé en deux.

Depuis, les actions dans le secteur de l’énergie sont devenues un terrain de chasse pour les rendements.

Avec la pessimisme du marché sur l’énergie, ces retours sont assez peu chers en Bourse. Les attaques récentes en Arabie Saoudite n’y ont rien changé, même si le prix du baril a momentanément rebondi.

Comment faire cependant pour savoir ce qui vaut le coup de votre investissement, contre ce qui ne le vaut pas ?

Ce secteur étant étroitement surveillé par des analystes pointus, l’on ne s’attend pas à ce qu’il y ait des retours sans risque commensurable…

Le marché a sans doute raison sur le pétrole mais moins sur les valeurs pétrolières

Les valeurs pétrolières sont en général vues comme des paris indirects sur le prix du baril.

Mais en réalité, les valeurs ont parfois des modèles qui sont relativement sous-exposés au prix du baril, même si elles font partie de ce secteur.

C’est le cas par exemple des valeurs dans les pipelines, c’est-à-dire la tuyauterie qui sert à acheminer le pétrole depuis le gisement vers le point de stockage, la raffinerie, ou un port d’exportation.

La dynamique qui détermine la rentabilité des pipelines est à peu près l’inverse de celle du prix du baril.

Plus l’on extrait de pétrole, plus le prix du baril baisse.

Mais cette augmentation de la production est ultra-favorable à l’infrastructure qui sert à la mener au marché.

Les pipelines sont en général le moyen le moins cher pour acheminer le pétrole et le gaz sur le marché. Donc une grosse augmentation de la production entraîne des revenus croissants pour ceux qui détiennent ces structures…

Ce qui rend les actionnaires pessimistes sur celles-ci, c’est qu’en principe la production devrait baisser si les prix continuent de rester aussi bas…

Et cela pourrait entraîner une sous-utilisation des pipelines et containers de stockage… à la défaveur de valeurs qui les détiennent.

Des valeurs telles que MPLX, par exemple, une société créée par Marathon Petroleum et dotée de pipelines à travers le centre des Etats-Unis, ainsi que le Nord-ouest (voir carte).

Bien que les prix aient été coupés en deux depuis 2015, la production pétrolière aux Etats-Unis n’a toujours pas fléchi.

Au contraire, elle est plus élevée que jamais, les producteurs continuant de faire sortir plus de barils de la terre grâce aux techniques de fracking.

Grâce à cette dynamique, les revenus de certains détenteurs de pipelines, telles que MPLX, continuent de grimper, alors que leurs prix en Bourse baissent, sous l’effet du pessimisme sur le secteur au global.

Si bien que MPLX, par exemple, paie aujourd’hui un dividende estimé à 9,20 % !

Comment se fait-il qu’on puisse trouver des retours aussi élevés ?

La raison est que la pression sur le prix du baril, en dépit des événements récents, continue d’être importante.

En effet, le secteur du pétrole a bénéficié d’investissements de capitaux immenses durant la période 1999-2014, durant laquelle le prix a grimpé de moins de 20 $ le baril à plus de 100 $.

Avec tout ce capital investi, la production ne peut pas être éteinte du jour au lendemain.

Cela car les producteurs ont besoin de récupérer le capital investi en produisant, et car ces investissements ont mené à des innovations performantes qui ont rendu possible de produire plus sans la même quantité d’investissements qu’auparavant.

Les analystes ont pour l’instant continuellement sous-estimé la quantité de temps qui serait nécessaire afin d’écouler la hausse de production due à ces investissements.

Un rapport récent de la part des principaux groupes pétroliers montrait que le marché serait encore en surplus de production en 2020.

Alors que beaucoup prévoyaient que la production aurait largement amorcé une baisse, ce qui aurait stabilisé les prix, nous voyons que la quantité de pétrole produite continue de grimper…

Les Etats-Unis n’ont jamais été de gros exportateurs dans le passé.

Cela a changé subitement avec l’exploitation du fracking, en parallèle à d’autres techniques – telles que des moyens de sonder avec plus d’exactitude la disposition des sous-sols.

Si bien que les exportations américaines ont subi une révolution jamais auparavant observée :

C’est pour cela que la quantité de tuyauterie servant à acheminer tout ce pétrole au marché a explosé — même en dépit des efforts de nombreux groupes écologiques et anti-pétroliers de l’en empêcher.

Les Etats-Unis ont de loin le plus de pipelines de n’importe quel pays au monde. Ils disposent de 2,22 millions de kilomètres de pipelines, soit 8 fois plus que le deuxième pays au monde à en avoir le plus, qui est la Russie.

Il est généralement moins coûteux d’acheminer le pétrole et le gaz grâce à ces tuyaux que de le faire par train ou par camion.

Des opportunités puissantes de revenus

Les traders de Wall Street ne sont pas encore prêts à se prononcer sur l’état de l’industrie pétrolière au global…

La production n’a pas arrêté de surpasser les attentes depuis que le fracking a été déployé à large échelle.

Mais dans ce marché difficile, des opportunités de rente élevée, comme MPLX que nous avons mentionné, sont en train d’apparaître.

Nous allons revenir sur ce secteur rapidement.