Buzz autour des “bienfaits de la dette publique”

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La Bourse de Paris remonte encore un peu aujourd’hui. Le CAC 40 repasse les 4.800 points. Il suit dans le sillage de Wall Street… L’indice S&P 500 a fait une hausse d’environ 5 % sur la semaine.

En particulier, le marché a bénéficié d’un discours du Président de la Réserve fédérale (la banque centrale des É-U).

Jerome Powell a dit qu’ils suivraient une politique “d’attente et d’observation” sur les hausses de taux.

Par ailleurs, ils n’effectueraient les prochaines hausses qu’en cas des “très bonnes attentes pour 2019.”

Ça a rassuré le marché, qui y voit la confirmation du soutien de la Fed des valorisations en Bourse…

Encore une fois, ça n’aide pas les gens “Gilets jaunes.” Les petits épargnants n’y gagnent pas grand chose.

Par contre, ceux qui s’endettent massivement — les grosses entreprises et les États — ont tout à y gagner.

Le marché commençait à craindre l’effet des hausses de taux sur les entreprises… En effet, on est à près de 15.000 $ milliards de dette d’entreprises aux États-Unis, ce qui équivaut à trois quarts du PIB.

On est dans les mêmes proportions en France.

La Banque des règlements internationaux a qualifié cette dette de “nuage noir au-dessus des investisseurs.”

Mais tandis que le spectre de la correction s’effaçait (parce que la Fed ouvre encore les vannes)… On clamait déjà pour s’endetter encore plus !

Les pouvoirs publics pourraient s’estimer heureux qu’on ait évité l’implosion pour le moment… et user de cette période de grâce pour se rebâtir discrètement.

Un peu comme les Romains après la défaite de Cannes. Encerclés de toute part, ils ont joué de tous les angles pour gagner du temps… se rebâtir lentement, sans prendre plus de risques.

Mais non !

Aussitôt qu’on annonçait que le déluge était décalé d’un jour… On réclamait encore plus de dépenses publiques !

Pour jeter tout bon sens à l’eau, on peut compter sur les gens les plus éduqués.

Chiffres à l’appui, ils nous expliqueraient que l’eau coule de bas en haut… et que l’endettement crée la richesse !

Entre en scène un ancien directeur du FMI, Olivier Blanchard. C’est un diplômé de Paris Dauphine qui est maintenant professeur à l’Université MIT à Boston.

Selon un discours qu’il vient de délivrer devant l’Association américaine sur l’économie, les gouvernements devraient profiter des taux très bas d’aujourd’hui pour relancer l’investissement public — en s’endettant.

Le raisonnement ?

Quand les taux d’intérêts sont inférieurs à la croissance réelle, alors l’investissement privé est inefficace. Il faut qu’il soit remplacé par des dépenses publiques.

Comme avec le livre “Capital” de Thomas Piketty qui a fait sensation, on a vite élevé le statut de M. Blanchard pour appeler à davantage d’endettement.

Les Échos passaient un éditorial sur le sujet aujourd’hui, de la part de l’économiste français Thomas Philippon (actuellement professeur à l’Université de New York) : On en tire que l’État ne devrait pas hésiter à s’endetter.

“Que peut-on conclure de cette analyse brillante et provocatrice ? Que le coût social de la dette est probablement faible et que dans les pays où la croissance surpasse le taux d’intérêt, il n’y a aucune raison de maintenir un surplus primaire.”

Comme ça tombe bien ! On vient d’annoncer qu’on va dépasser les 3,5 % de PIB de déficit en 2019 (le maximum que permet en théorie Bruxelles).

On faisait l’éloge de M. Blanchard presque partout dans les grands médias…

Dans le New York Times, l’économiste Paul Krugman s’appuie sur lui pour conclure qu’il faut que l’État s’endette plus et dépense plus :

“D’abord, les craintes d’une d’une spirale d’endettement croissance sont basée sur du mythe. Et par ailleurs, ce n’est pas une très grande priorité d’encourager les investissements privés.”

En effet, si les taux sont si bas, dit M. Blanchard, c’est justement que les investisseurs n’y trouvent pas un usage très rentable…

Mais l’État réussirait là où le reste échouent, dit-il.

Jared Bernstein, qui était Conseiller-en-chef sur l’économie sous Barack Obama, explique quant à lui que “il y a un buzz bien mérité autour d’un discours de l’économiste Olivier Blanchard.”

Ayant expliqué dans les pages du Washington Post les bienfaits de la dépense publique, il s’attriste de penser qu’on va devoir attendre encore des années avant qu’on ouvre sérieusement les vannes :

“Si les économistes progressistes et basés sur les faits continuent d’avancer cette vision plus réaliste de la dette publique, on verra peut-être des politiques plus intelligentes sous 10 ans.”

Et on passe sous silence les dizaines d’exemples d’effondrements économiques liés au surendettement et à l’hyperinflation qui a tendance à en découler.

Tout ça ne change rien à la donne d’aujourd’hui… M. Blanchard… M. Krugman… M. Bernstein… Ils ne font pas la météo mais indiquent juste la direction du vent…

Et ça va vers la hausse de la dette — et, tôt ou tard, l’implosion.

Cordialement,

Henry

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