Ce que font les “non-banques” pour les ultra-riches

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Le fonctionnement des économies dépasse l’entendement en termes de complexité.

C’est pour cela que la tâche des régulateurs est fondamentalement impossible à réaliser en pratique…

Ils auraient déjà besoin d’avoir une vision claire de la situation présente, ce qui n’est déjà pas du possible.

La croissance du secteur des “non-banques”

L’idée globale après la crise de 2008 était de “maîtriser les risques” dans le système.

Principalement, les autorités ont décidé que les banques étaient sur-exposées aux risques des marchés… Le moyen de réduire ces risques était de les pousser vers ce qu’il y a de plus “garanti,” à savoir les obligations étatiques.

À présent, leur intervention semblerait avoir fonctionné encore mieux que prévu… Les banques semblent laisser “dormir” encore plus de capitaux que nécessaire, sans s’en servir pour prendre des risques.

Mais l’idée de “contrôler les banques” était en soi plutôt limitée… parce que les banques n’étaient pas des acteurs indépendants — déconnectées du système dans l’ensemble.

Les banques avaient participé aux risques du marché des subprimes car les prêts en question étaient en demande, d’un côté par les débiteurs de faible qualité, et de l’autre par les investisseurs désirant des retours…

L’intervention des autorités après la crise a limité le rôle des banques dans les émissions de crédits immobiliers. Elles ont été forcées de s’en tenir aux prêteurs ultra-fiables, aux entreprises cotées, et aux gouvernements.

Mais la demande pour les emprunts — de la part des débiteurs et de la part des investisseurs — n’a pas cessé.

Ainsi, d’autres ont pris le relais dans la création et la distribution de prêts plus risqués, portant des retours plus élevés… Ce sont les acteurs “non-bancaires” du système financier.

Aussi appelés OFIs (“Other financial institutions”), la quantité de dette émise par ces groupes “non-bancaires” a été multipliée par 6 depuis 2000.

Au Luxembourg, où résident la majorité de ces groupes en zone euro, ils représentent environ 6.000 milliards d’euros de dette actuellement due… soit l’équivalent de 50 % de la dette des entreprises en zone euro.

Aux Etats-Unis, les créanciers “non-bancaires” représentent la moitié des nouveaux prêts à l’achat d’un bien immobilier, alors qu’ils représentaient environ 10% des prêts en 2009.

Nouveau monde financier

En pratique, les régulations d’après-crise ont mené à la création d’un “marché privé” pour les actifs financiers, qui opère indépendamment des banques, en faisant intermédiaire entre les sources importantes de fonds — groupes financiers, individus ultra-aisés, etc. — et les opportunités d’investissement.

Comme l’écrit le Conseil du crédit alternatif, ceux qui investissent dans ces types d’actifs ne sont pas des épargnants “classiques,” tels que ceux qui ont un compte en banque, mais des groupes plus sophistiqués.

31 % sont des assurances. 35 % des fonds de pension. 15 % sont des individus ultra-aisés. 4 % sont des Family Office, qui gèrent les investissements privés de familles ultra-riches.

Une étude effectuée par la banque américaine Wells Fargo rapporte que les risques réels de ces actifs sont encore peu compris. À la différence du secteur traditionnel des banques, les non-banques n’ont pas la même transparence. Elles ne suivent pas les mêmes règles vis-à-vis de leurs actifs.

Écrit le rapport :

“Malheureusement, le support réel de la dette demeure difficile à cerner, car les informations publiquement disponibles sur les bilans financiers ne sont pas consolidées dans l’ensemble. Cela veut dire que les obligations dues par les groupes financiers ‘captifs’ [et donc la plupart des OFIs,] pourrait être attribuée au secteur des entreprises financières, plutôt qu’aux entreprises qui supportent réellement cette dette, qui sont des entreprises non-financières.”

En gros, cela signifie que la dette due par les non-banques est souvent une manière détournée de fournir des crédits à un autre acteur, telle qu’une entreprise typique.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Les régulateurs et les organismes de contrôle tels que la BCE sont encore en train d’imposer règles sur règles…

En effet : puisque les banques centrales injectent de nouveau des dizaines de milliards de dollars, d’euros et de yens tous les mois, la tendance va être vers la prise de risque dans le système.

Les créanciers vont prendre plus de risques, pour obtenir des retours…

C’est la conséquence directe des injections de capitaux.

Les régulateurs pensent qu’ils peuvent déjouer cet effet négatif des injections en contrôlant les portefeuilles des groupes financiers.

Mais même s’ils ont réussi à “dompter” les banques, le risque a simplement migré ailleurs.

Il est maintenant détenu dans le monde encore plus opaque des non-banques…

Les autorités ne trouveront jamais de “solution” au risque systémique. Le risque fait partie intégrante du système financier. Ils peuvent l’interdire pour certains acteurs — mais il réapparaîtra toujours ailleurs.