Comment Third Point fait 62 % de gains au Japon

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Le CAC 40 reprend des couleurs et repasse la barre des 5.900 points…

L’indice repart grâce à Wall Street.

En effet, le marché américain montait hier en dépit du coronavirus

Les investisseurs ont bénéficié du constat d’une expansion du secteur manufacturier en janvier, d’après l’indice de la Institute for Supply Management sur la santé du secteur. Il affichait un score de 50,9 pour le mois, contre 48,5 attendus…

Le Japon devient la cible des investisseurs américains

La culture d’entreprise japonaise a la réputation d’être fermée envers l’influence “externe…”

Ils ont la réputation de privilégier l’inaction… et de conserver des pratiques de gouvernance d’entreprise qui peuvent nuire aux résultats des actionnaires.

Ce qui était un point de frustration pour les investisseurs dans les actions japonaises…

Par exemple, en septembre 2019, les entreprises japonaises détenaient sur leurs comptes courants 4,8 billions $ en liquide…

À la même époque, les entreprises américaines — représentant une économie 5 fois plus grande que le Japon — détenaient 1,7 billions $ au total (à date de fin 2018).

Les sociétés américaines — sous l’influence des actionnaires — versent leurs revenus aux investisseurs, sous forme de rachats de parts ou de dividendes…

Les entreprises japonaises, au contraire, gardent les bénéfices sur leurs propres comptes — permettant avant tout de donner de la sécurité aux cadres et dirigeants, sans subir la pression de maintenir des marges.

En plus de détenir des quantités importantes de liquide, les entreprises japonaises avaient tendance à détenir de grandes quantités d’actions dans des entreprises diverses…

Encore une fois, cela permettait de mettre un coussin sous les directeurs de l’entreprise — moins affectés par leurs propres décisions, et résultats d’opérations.

Mais cela rendait également les marchés moins efficaces – le prix en Bourse d’une entreprise quelconque reflétait souvent un fourbi de titres, de cash, et d’opérations parfois déconnectées…

Pour qu’un marché soit efficace, il vaut mieux qu’un titre reflète une opération spécifique. Sinon, les prix ne signifient plus grand chose, et les gérants sont moins réactifs au “vote” du marché-actions.

Un analyste chez Nikko Asset Management à Tokyo disait pour un article du Japan Times que “cette tendance à accaparer les ressources doit être résolue.”

En plus de cela, les gérants ont tendance à prendre des décisions par loyauté envers leurs paires, et non envers les actionnaires…

Par exemple, en janvier, un fonds activiste japonais, Yoshiaki Murakami a tenté de saisir le contrôle de Toshiba Machines… un ancien subsidiaire de Toshiba.

En effet, Toshiba Machines avait vendu une participation dans la société NuFlare, un groupe de maintenance spécialisée dans la robotique, à son ancien parent Toshiba, à un prix inférieur à celui proposé par un concurrent.

Mais peut-être que la donne change enfin pour le marché japonais… Les “barbares” arrivent. Ce sont les fonds activistes américains et européens qui débarquent pour réclamer le changement…

Refaire “Japan Inc.”

En 2019, les fonds activistes ont apporté un intérêt exceptionnellement élevé aux entreprises japonaises… indiquant peut-être un changement d’environnement dans l’Empire du soleil.

Le Financial Times raconte :

“Au Japon, 2019 était l’année où les entreprises se sont réveillées à l’importance des actionnaires. ‘Nous pensons que l’activisme va augmenter au Japon car vous avez une base d’actionnaires plus internationale, et qui applique des méthodes au niveau mondial,’ dit Rich Thomas, dirigeant de l’investissement activiste hors États-Unis chez Lazard.

“75 ‘événements activistes’ — des situations où une demande formelle a été faite à l’équipe de gestion par les actionnaires — ont eu lieu au Japon l’année dernière, avec 4,5 milliards $ mis en jeu. Les 19 campagnes de réclamations formelles menées par des activistes en 2019 représentaient cinq fois plus que quatre ans auparavant.”

Selon Zuhair Khan, un banquier d’affaires basé à Tokyo, cité par le FT, les fonds activistes ont encore beaucoup à faire avant que la marché japonais soit vraiment révolu.

Le FT :

“En dépit de tous ces progrès, dit Mr. Khan [de chez Union Bancaire Privée], environ 30 pourcents des entreprises du Topix 500 [les 500 plus grosses boîtes cotées au Japon] n’ont pas du tout réagi à ce nouvel environnement. ‘Elles font comme si de rien n’était,’ dit-il. ‘Elles ont de fortes quantités d’actions en portefeuille, et des gérants impossibles à détrôner. De mon point de vue, elles sont impossibles à réformer.’”

Problèmes de gestion

La gestion d’entreprise est peut-être l’une des choses les moins évidentes pour les investisseurs typiques à comprendre…

En effet, inévitablement, les effets d’une bonne ou d’une mauvaise gestion sont intangibles… au début.

Prenez n’importe quelle équipe ou entreprise et changez l’équipe de direction… et vous ne verrez pas de changement notable dans l’immédiat.

Les chiffres d’affaires resteront à peu près les mêmes. Les bénéfices aussi. En l’apparence, rien n’a changé…

Les effets de la gestion d’entreprise apparaissent toujours non dans l’immédiat… mais sur la durée.

En comparaison, les soucis plus logistiques d’une entreprises sont toujours plus immédiats. Les salaires doivent être payés. Il faut que les comptes soient en bon ordre. Il faut que telle ou telle tâche soit effectuée, pour qu’une autre puisse démarrer, etc.

Ce sont ces types de problématiques-là qui vont naturellement attirer l’oeil de bon nombre de gens. Ce sont des aspects de l’entreprise qui sont plus palpables et immédiats… mais ce ne sont souvent pas les plus importants.

Pour cette raison, les fonds activistes ont tendance à viser des demandes spécifiques : débourser la trésorerie aux actionnaires sous forme de dividende. Vendre les titres détenues dans des entreprises autres. Décomplexifier la structure de l’entreprise.

En fin de compte, l’objectif sous-jacent est de mettre en place des gérants qui vont s’occuper des actionnaires — et non de leur sécurité d’emploi…

Mais l’avantage de se concentrer sur les gérants, c’est qu’il est nettement plus facile de “redorer le blason” d’un groupe existant — en mettant simplement en place des directeurs plus réactifs — que de devoir monter une entreprise à partir de rien…

Et lorsqu’une campagne réussit… elle peut porter fruit assez rapidement.

Dans le cas de Sony, le fonds activiste Third Point a lancé une campagne activiste en avril 2019. Il l’a incité à stopper un projet non-rentable dans la télévision streaming, et vendre les titres qu’il détenait d’une entreprise d’équipement médical, Olympus.

Le “retour” de l’opération a déjà été important… l’action a pris 62 % depuis avril.