Danger dans le marché “repo” : la candidate Warren a 3 questions

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Toujours rien à signaler dans le marché dans l’ensemble…

Il est toujours surprenant de voir avec quelle naïveté la presse gobe des histoires et se fait des idées pour flatter l’égo du journaliste… L’on reconnaît généralement cela au ton du titre : Il est le plus souvent absent du moindre sarcasme, ironie, ou subtilité.

Prenez Challenges qui nous informe sur “Comment la France va devenir le leader européen du quantique.”

Le journaliste reprend grosso modo les principaux points faits par des professionnels du secteur des “ordinateurs quantiques” dans une conférence qui a lieu en ce moment à la Station F.

Comme le directeur de France Digitale, Nicolas Brien, qui nous apprend que “de toutes les vagues technologiques, l’informatique quantique pourrait bien se révéler la plus puissante.”

Evidemment, aucune question sérieuse n’est posée dans ces articles qui pourraient mettre mal à l’aise… Et personne ne va rattraper les experts questionnés dans quelques années pour nous expliquer pourquoi la France n’est pas devenue le “leader” dans le quantique.

La question la plus importante à poser serait : La France n’est le leader dans aucun domaine technologique. Et en fait, le pays est relativement hostile aux grosses boîtes, comme Google, qui font le plus de travail dans ce domaine. Quelle que soit la catégorie de Tech, la France n’est jamais qu’un petit joueur… qui suit derrière les pays où le progrès va plus vite.

Pourquoi en serait-il différent dans le quantique ? N’y-a-t-il pas des explications pour lesquelles la France n’est pas au-devant des autres secteurs émergents… et ces raisons ne s’appliquent-elles pas aussi dans le “quantique ?”

Mais ce sont le genre de questions qui pourraient froisser certains des illuminés ou mener à une réflexion plus profonde… et donc sont à bannir. Personne n’aime un rabat-joie.

Le souci du marché repos va mener à des enquêtes…

Le doute, en soit, met la plupart des gens mal à l’aise… Ils préfèrent des explications simples et directes. Tous les “problèmes” qu’ils voient sont simples à reconnaître et à régler… si seulement ils avaient l’autorité d’appliquer leur vision.

Ainsi, la candidate aux présidentielles américaines de 2020, Elizabeth Warren, réclame des “explications” à Steve Mnuchin, le directeur de la trésorerie, sur le brouhaha dans le marché des crédits court-terme, les “repos.” Elle demande une présentation au congrès sur le sujet d’ici le 1er novembre.

Vous l’avez peut-être aperçu dans les titres de journaux : Le marché des prêts court-terme aux E.-U., les repos, a souffert d’un manque de liquidités depuis septembre.

La Fed a fait une intervention de secours, en fournissant des emprunts à hauteur de 90 $ milliards, chaque jour, au marché.

Cela n’a pas suffi. Mardi, ils ont injecté plus de 99 milliards $.

Et maintenant, la Fed a encore sorti un canon de l’arsenal : Elle achètera de l’ordre de 60 milliards $ d’obligations à court-terme sur le marché des obligations du trésor tous les mois…

Cela fournira donc plus de liquidités aux banques ou aux institutions de Wall Street.

En plus, l’une des principales banques d’affaires de Wall Street, JP Morgan, alerte que la situation n’est pas réglée. Au contraire, avec l’approche de la fin d’année, la demande de liquidités dans le marché des repos augmentera… et les infusions de la Fed ne suffiront plus :

“Tout cela va d’abord empirer avant d’aller mieux, selon notre point de vue,” expliquait la banque dans un communiqué pour ses clients.

Mais beaucoup de flou demeure sur le sujet des repos. D’abord, les journaux ont cité des demandes de liquidités pour le règlement d’impôts de la part des entreprises… et puis le déficit du gouvernement.

Cependant, cela aurait peut-être expliqué un assèchement des liquidités sur une durée de quelques jours… mais cela dure depuis un mois. Et cela ne donne pas encore signe de répit.

Une autre explication a émergé : Les contrôles des capitaux sur les banques après la crise de 2008 a retiré sur la durée l’offre de liquidités sur le marché des repos. Un jour ou l’autre, cela devait entraîner une pénurie… et donc la hausse des taux d’intérêt.

Bloomberg :

“Le secteur bancaire augmente le volume des plaintes sur la régulation depuis la perturbation de mi-septembre. Le PDG de JP Morgan Chase, Jamie Dimon, a dit le 15 octobre que sa banque détenait de fortes réserves de liquidités, et qu’elle aurait voulu en fournir au marché après l’explosion du taux, mais que les règles concernant ses ratios de liquidités l’en empêchaient.”

Cela ne plaît guère, cependant, à la candidate Mme Warren. En effet, elle a fait partie du comité du Congrès sur les banques après la crise et a mené l’assaut de législations et de nouvelles régulations sur le secteur.

Mais les mesures des autorités entraînent-elles parfois des effets imprévus… ? Des dégâts collatéraux ?

Non !

Les taux dans les repos ont bondi de 2 % à 10 % ? Cela nécessite sans doute un durcissement des règles.

C’est pourquoi la candidate réclame que M. Mnuchin donne des explications.

Le pouvoir de l’incompréhension

Ainsi, la candidate Mme Warren adresse un courrier vendredi à l’attention de M. Mnuchin de la Trésorerie américaine.

Le texte, en l’apparence, demande un éclaircissement de la situation dans le marché des repos. Et cela remet en l’esprit les heures de gloire de la candidate pendant l’après-crise. En effet, personne ne comprend tout à fait les causes et conséquences du fonctionnement du marché.

Comme la crise de 2008, vous tordez les faits à votre guise.

Vous trouverez toujours une faute ou une contradiction quelque part… et une profusion d’opportunités pour des remontrances, et des affrontements entre les gentils et les méchants.

Voilà la raison pour la demande faite à M. Mnuchin : Un peu de spectacle pour les écrans à l’approche des élections.

Cela n’éclaircira pas la situation dans le marché des repos… mais cela donnera le ton pour la suite du discours.

Ainsi, Mme Warren met 3 questions spécifiques devant M. Mnuchin, à échéance du 1er novembre :

Premièrement : quelles sont les causes fondamentales de l’augmentation des taux dans le marché des repos ?

Là, le dirigeant du Trésor doit être autant dans l’obscurité que tout le monde.

Il répétera soit les problèmes spécifiques cités précédemment — à savoir les besoins exceptionnels pour les impôts et les émissions de la Trésorerie –, auxquels plus personne ne croit.

Ou alors, il parlera des soucis de la régulation sur les ratios des banques. Et là, il passera pour l’apologiste du capitalisme et le défenseur des bénéfices de Wall Street.

Deuxièmement : le chef du Trésor sait-il pour quelle raison la Fed a prévu de rallonger son intervention dans le marché repo jusqu’à janvier 2020 au moins ?

Là, la réponse doit être simplement que la pénurie de liquidités n’a toujours pas montré de répit. Du coup, la Fed a rallongé la durée de l’intervention.

Mais la lettre demande également que M. Mnuchin explique quelles mesures il va prendre lui-même pour aider la Fed à protéger le marché de ce genre de volatilité.

C’est là la force de l’incompréhension. Une personne avisée, réfléchie, saurait que rien ni personne ne peut garantir le marché contre tous les risques. Pourtant, dans le texte de Mme Warren, le dirigeant du Trésor est personnellement garant que toute l’économie ne s’effondre pas.

Le texte se termine sur une dernière question sur la collecte des données sur le marché des repos… et va dans le même sens que la précédente : Comment M. Mnuchin a-t-il permis qu’un problème se produise dans le ce marché, et comment va-t-il faire pour que cela ne se produise plus ?

En clair, la seule réponse valide serait qu’il ne sait pas plus que la plupart des gens ce qui a pu causer un marché profond de 2.000 milliards $ de manquer subitement de liquidités, presque du jour au lendemain… alors que toutes les causes citées — le déficit, les paiements d’impôts, ou même l’impact de la régulation — étaient parfaitement connues des marchés.

Cela n’a pas beaucoup de sens… Et nous n’en avons pas encore vu la fin.