Derrière la menace du Sénat contre la Libra…

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Le CAC 40 est en train de décoller vers les 5.700 points… dépassant les 5.600 points dans la matinée.

La cause ? Encore des espoirs de “détente” dans les tensions Washington-Pékin.

L’équipe de Donald Trump est actuellement en pleine discussions, à la Maison blanche, avec une délégation de Pékin. Le sommet a débuté hier et durent encore aujourd’hui, et le vice-premier ministre chinois, Liu He, se rend sur place.

Un tweet de M. Trump a donné aux marché l’espoir qu’une annonce importante émergeait de cette rencontre :

“Ça se passe très bien… Nous allons les voir ici, demain, et ça se passe très bien.”

Mon collègue et analyste Antoine Quesada a averti à répétition de demeurer serein faces aux annonces des dirigeants américaines et chinois… Jusqu’ici, le marché a toujours fini par revenir sur son optimisme.

Même en cas d’annonce positive demain, la possibilité d’une recrudescence des tensions demeurera pour un moment.

Les autorités américaines émettent une menace en direction de l’Association Libra

Le géant des réseaux sociaux Facebook a annoncé l’année dernière qu’il tenterait de lancer lui-même une crypto-monnaie : Libra.

L’idée serait d’adosser la monnaie à des actifs réels… tels des obligations du Trésor ou des indicateurs boursiers.

Cette semaine, l’une des institutions politiques les plus influentes sur le domaine financier, le Comité du Sénat sur les Banques, a adressé une lettre ouverte aux fondateurs de Stripe, qui sont en partenariat avec Facebook, les avertissant d’y réfléchir à deux fois avant de continuer à s’engager dans le projet :

“Nous écrivons cette lettre pour vous alerter de nos profondes inquiétudes vis-à-vis du projet de crypto-monnaie Libra par Facebook, ainsi que la formation de l’Association Libra.

“Nous nous inquiétons des questions-clé qui demeurent non-résolues, sur le sujet des risques qui sont créés pour les consommateurs, les institutions financières régulées, et le système financier mondial.

“Nous vous exhortons à réfléchir consciencieusement à ce que vous allez faire afin de gérer ces risques avant de vous lancer, étant donné que Facebook n’a pas encore démontré à la satisfaction du Congrès, et des régulateurs financiers — et peut-être pas non plus à celle de votre propre entreprise — qu’il prend ces risques au sérieux.”

A première vue, il n’est pas si aisé de comprendre l’objection faite par ces membres du Sénat américain. En quoi la création d’une crypto-monnaie par Facebook poserait-elle un risque pour les “institutions régulées” ?

Il existe plusieurs milliers de crypto-monnaies en existence. Cela n’a pas pour l’instant créé d’instabilité dans les banques, ni remis en cause leur fonctionnement.

Et puis… si la version de finance personnelle proposée par Facebook est adoptée en masse… aux dépens des groupes existants… n’est-ce pas parfaitement légitime ?

Le Sénat américain aurait-il dû tenter de stopper le développement d’Internet en raison des “risques” pour l’industrie des journaux papier ?

Devrait-il bloquer le développement de moteurs plus performants en raison du risque aux fabriquant actuels ?

Mais l’argument qu’on utilise est de dire que la finance, comme la santé ou d’autres secteurs choisis, ne sont pas de simples services qu’on peut laisser au marché… mais des questions “systémiques…” aux implications plus profondes, et qui ne peuvent être vraiment bien menées que sous la direction de bureaucrates puissants, et d’élus politiques.

Après avoir listé les fautes présumées de Facebook ces dernières années, la lettre révèle que le risque dont on averti, ce n’est pas tant le risque posé par Libra pour les banques, mais celui de se mettre en travers des autorités, en continuant à travailler sur le projet :

“Facebook semblerait vouloir s’engager dans des activités financières sans la responsabilité d’être régulé en tant que prestataire de services financiers.

“Facebook veut accomplir cet objectif en mettant les risques et la responsabilité de se mettre en règle avec la législation sur le dos des membres de l’Association Libra qui sont déjà régulés, tels que votre entreprise.

“Si vous décidez de vous y joindre, vous pouvez vous attendre à recevoir un niveau élevé de surveillance de la part des régulateurs, non seulement sur vos activités relatives à Libra, mais sur toutes vos activités.”

Ce qui se cache derrière la réaction des autorités à Libra

La plupart des crypto-monnaies apparaissent d’un jour à l’autre… sans formation d’entreprise… ni demande de permis… ni création de structure légale.

Et cela n’a pas empêché à ces monnaies de proliférer.

Mais avec la monnaie de Facebook, c’est différent. Parce qu’à la différence des milliers de créateurs et cryptos, et tout le réseau de mineurs et de gens qui en détiennent, il s’agit d’une grosse entreprise avec des milliards de dollars dans ses comptes en banque, des dizaines de milliers d’employés, et une présence physique gigantesque.

Les petits acteurs dans les crypto-monnaies ne sont pas évidents à viser… mais Facebook est en l’occurrence une grosse cible. Et l’opinion populaire semble penchée en sa défaveur.

Avec toutes les règles et lois visant les banques et la finance, il est presque impossible d’innover sérieusement sans se mettre en travers de l’un des statuts variés… et qui peuvent être revues à tout instant.

En rédigeant cette lettre, les autorités signalent qu’elles ne sont pas prêtes de se montrer accommodantes à la moindre transgression…

Vu le ton employé, elles sembleraient déjà intoner qu’une infraction ait été commise quelque part (même si elles n’en disent rien formellement). Et ce n’est qu’une question de temps avant qu’elles n’agissent en conséquent.