La Fed étouffe le cri du marché des “repos”

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Je vous écris depuis Londres. Je m’y suis rendu pour une raison d’affaires.

Un événement surprenant s’est produit au début de cette semaine. Dans le marché pour “l’argent-rapide,” c’est-à-dire des emprunts à ultra-court-terme, remboursables le lendemain, l’argent est venu à manquer.

Si bien que les taux d’intérêts — rapportés à l’année — dans ce marché ont atteint 10 %.

Cela menaçait de forcer l’ensemble de taux à grimper et donc de mettre à mal les objectifs de la Fed, de conserver des taux faibles, entre 2 % et 2,25 %.

Personne ne sait pour l’instant s’il s’agit d’un événement inconséquent dans le marché… une aberration vouée à disparaître d’elle-même, ou s’il s’agit d’un souci plus profond dans le marché créancier.

Un “manque de liquidités” dans ce marché signifie en gros que les institutions qui avaient besoin d’argent pour couvrir leurs besoins immédiats n’ont pas pu s’en procurer comme prévu.

Puisqu’ils étaient en peine de se fournir, et prêts donc à payer des taux de plus en plus élevés pour obtenir des fonds, la Fed a décidé de s’insérer dans le marché, et d’offrir 53 milliards $ en liquidités, fournis en rachetant des obligations proposées par des demandeurs de fonds.

Le lendemain, la Fed est intervenue au rythme encore plus élevé de 75 milliards $ afin de mettre un terme définitif aux problèmes.

Mais la question reste de savoir si l’on doit s’attendre à davantage de ce genre d’opérations… et ce que cela signifie.

En principe, certains des plus gros demandeurs de ces emprunts ultra-court-terme sont les agents qui servent à faire acheter les obligations émises par l’Etat sur le marché.

Puisqu’ils ont souvent besoin d’argent rapidement pour acheter en premier lieu ces obligations à l’Etat, et qu’ils ont en conséquent une grande quantité d’actifs financiers — des bons du Trésor — à utiliser en collatéral, ils ont fréquemment de grosses demandes pour des liquidités, qu’ils tentent de remplir grâce au marché “repo.”

Cependant, Bloomberg rapportait également que l’explication n’était sans doute pas si simple…

La position financière de ces agences financières n’est pas aussi tendue qu’elle l’a été dans le passé. Leur demande de financement n’est pas particulièrement élevée en ce moment, même si l’Etat américain doit émettre une quantité record de dette en 2019, de plus de 1.000 milliards $.

Le mystère, semble-t-il, n’a pas de réponse évidente.

Ignorer les signaux

Je suis allé à Londres avec l’un de mes collègues. Nous avons de la chance d’avoir des gens qui sont prêts à nous aider. Je dis ça sans aucune ironie… ce n’est pas toujours le cas dans toutes les situations.

Mais n’empêche que plus l’on parle aux autres, plus l’on se rend compte qu’il existe des manières différentes de voir les choses. Des manières différentes de procéder.

Comment savoir ce qu’il faut faire et ce qu’on doit faire ? Comment déterminer le vrai du faux ?

L’arbitre final de ces décisions, ce n’est ni moi ni mon collègue. C’est vous. C’est les centaines de milliers de gens qui pourraient ou non choisir de faire affaire à notre société ou non.

Et le moyen qu’on a de savoir si vraiment on est dans le droit chemin, ce n’est finalement que si l’on gagne de l’argent.

Parce que sinon, on n’est jamais que dans l’hypothétique.

Et en théorie, il n’y a rien qui n’ait vraiment pas la moindre chance de réussir. On peut tout imaginer.

Alors c’est pour cela que les marchés sont importants… Mais à notre niveau, si l’on se trompe, personne ne va trop en souffrir. A part nous, et à part les clients qu’on aurait potentiellement pu satisfaire, mais envers qui nous avons échoué.

Mais qu’en est-il si le marché créancier dans son ensemble fait fausse-route ? S’il cesse de recevoir les signaux qui lui sont envoyés par le marché ?

Le marché des “repos” fait 2.000 milliards $.

Et ce marché a subitement dit que les emprunts devraient se faire non à 2 % mais à 10 %.

Pourquoi ? Qu’est-ce que cette information cherche à communiquer.

“Ne vous en faites pas,” dit la Fed. “Ce n’est rien. Voyez, ce n’est pas 10 % mais 2 %.”

Le marché acquiesce. Mais quel est le danger réel que cela entraîne ? C’est sans doute quelque chose de pire que d’avoir quelques clients insatisfaits.