L’économie survivrait sans M. Draghi, Mme Lagarde, ou M. Powell

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Les marchés font un record ! Le CAC 40 a bondi par-dessus les 5.700 points. Les indices de Wall Street atteignent des plus-hauts…

Vous remarquez le revers de fortune d’une semaine à l’autre : Les actionnaires ne craignent plus la récession de 2020… les dieux l’ont remise à plus tard. Du coup, l’argent rentre à nouveau sur les actions… et envoie les prix vers des sommets.

Depuis environ une semaine, les entreprises de Wall Street révèlent les résultats du trimestre. Les chiffres ont plus ou moins suivi les attentes des analystes. Les bénéfices étaient de seulement 2 % supérieurs, en moyenne, aux attentes.

Cependant, cela a sans doute soulagé une portion du marché.

Une dislocation suite au conflit Washington-Pékin n’a pas eu lieu. La moitié des sociétés du S&P 500 n’ont pas encore livré de résultats, et donc les fonds reviennent peut-être car ils n’attendent plus de déception ni de naufrage.

Les prix des actions ont aussi bénéficié en amont de la réunion de la Fed, la banque centrale des Etats-Unis, demain.

Tous croient en l’annonce d’un abaissement des taux suite à la réunion.

Selon un analyste de Wall Street cité par MarketWatch :

“La Fed a tout intérêt à couper son taux directeur cette semaine, parce que c’est largement attendu par le marché.

“Les contrats futurs sur les obligations du Trésor impliquent que le marché attend un abaissement du taux à une probabilité de plus de 90 %.”

Pendant ce temps, le déficit grimpe aussi…

Le déficit américain vient de dépasser les 1.000 milliards $… après que Donald Trump ait réduit les impôts, mais laissé en place les budgets de l’Etat.

Cependant, les autorités voient dans le budget de l’Etat un outil de relance de l’économie… tout comme l’abaissement du taux d’intérêts.

Bref, ils ne réduiront pas les dépenses de si tôt…

Bien que les marchés soient en train d’atteindre des records, personne n’a envie de mettre ce regain d’optimisme à l’épreuve. Les autorités croient encore au “manque de demande” dans l’économie… en gros, que les gens ne dépensent pas assez et épargnent trop.

Ils croient que cela mène à la fois à un excès de capitaux… et un déficit d’investissements.

Les gouvernements, en Europe, aux Etats-Unis, ou au Japon, devraient donc compenser pour ce manque par des infusions — sous la forme de dépenses à crédit, et l’augmentation de la dette.

D’après une étude récente par le CBO, le comité du Congrès américain qui surveille le déficit, le déficit grimpera un peu moins vite que prévu… En effet, l’abaissement des taux — merci à la Fed — allège la charge de la dette car elle réduit les paiements d’intérêts.

Ce qui veut dire qu’ils ont de la marge pour dépenser encore plus !

Tant que les conditions d’aujourd’hui durent, alors, l’endettement devrait continuer croissant…

Et la Fed n’ose pas remonter les taux — ni même les laisser aux niveaux d’aujourd’hui.

Forces externes

Les médias vous montrent en général les décisions des banques centrales… que ce soit la BCE, la Banque du Japon, ou la Fed… comme l’affaire de quelques individus puissants. Que ce soit Jérôme Powell et Donald Trump aux Etats-Unis. Ou Mario Draghi et Christine Lagarde pour la zone euro.

Cependant, en réalité, le sort des taux d’intérêts et du déficit suivent des tendances inexorables, dans lesquelles ces individus-là ne sont que des acteurs passagers. Ce ne sont que des figurants qui jouent des rôles. Mais le script n’est pas prêt de changer.

Malheureusement, c’est le même script et le même chemin qui ont mené à la ruine certains pays comme le Venezuela ou l’Argentine. Le contrôle de l’argent et des épargnes passe de plus en plus depuis les mains des gens qui l’ont gagné en travaillant et en épargnant, vers les mains de ceux qui arrivent à contrôler le système.

Que ce soit la Fed ou la BCE, son fonctionnement final n’est que de recréer artificiellement ce qui doit normalement se faire par le travail et l’échange légitimes.

Mais avoir de l’argent, la BCE le fait par quelques clics de souris. Et les réserves qu’elle génère ont la même valeur et le même pouvoir d’achat que les épargnes légitimes.

Puisque ce pouvoir existe, quelqu’un s’en servira. Donald Trump pourrait être remplacé. Ou Jerôme Powell. Ou Christine Lagarde. Cela ne changera pas la donne.

On ne peut pas se battre contre la marée.

Ce mois-ci le marché a eu un moment de doute. L’idée a effleuré les esprits que, en dépit du soutien de la Fed, les conditions de l’économie pourraient se dégrader au point de surpasser l’effet des abaissements de taux.

Mais rien n’a changé depuis… les données sur la santé du commerce mondial ou les secteurs de la fabrication… n’ont pas changé de cap. Elles indiquent toujours la possibilité élevée de récession en 2020… mais aujourd’hui le marché n’en a plus rien à faire.

En fin de compte, ont-ils peut-être conclu… la fortune d’un actionnaire ne dépend pas de la réalité de la santé d’un actif — mais de la valorisation en Bourse des titres. Or, avec davantage d’injections de liquidités, davantage de crédit et de dette dans le système, les prix grimperont coûte que coûte.

Plus de marge de manoeuvre

Michael Ivanovitch, qui est selon sa bio un ex-conseiller à l’OCDE, stratégiste à la branche New York de la Fed, et professeur à l’université de Columbia, affirme que si les pays ont encore de la marge pour “assouplir” leur politique et relancer leurs économies, ils doivent s’en servir.

Dans un article pour CNBC aujourd’hui, il écrit donc que la Chine et les Etats-Unis, pour leur part, font déjà une grande part du travail pour pousser l’économie du monde de l’avant.

L’Europe et le Japon, par contre, n’en font pas assez.

“Beijing a doublé la quantité de dépenses sur les investissements dans l’infrastructure. Et il semble disposé à demeurer largement accommodant.

“Mais le Japon par contre laisse à désirer. Le surplus commercial de Tokyo envers les Etats-Unis a grimpé de 6,3 % dans les huit premiers mois de l’année. Cela va continuer, parce que son accord commercial avec les Etats-Unis le lui permet, et son économie interne est assez faible pour qu’il puisse dépendre des exports.

“Mais le Japon pourrait en faire plus. Sa dette publique de 255,5 % du PIB ne devrait pas l’en dissuader. C’est une dette qui est dénommée en yens, et détenue majoritairement par des résidents japonais. Il n’a qu’un déficit assez réduit de 2,5 % du PIB, et avec une banque centrale très accommodante, il pourrait augmenter largement ses dépenses publiques sur l’innovation, l’éducation, et des programmes sociaux.”

Mais le Japon n’est pas seul à ne pas en faire assez pour le Pr Ivanovitch. C’est la même chose en Europe… si seulement ils sortaient vraiment les robinets et dépensaient !

“Pour la nième fois, M. Draghi a appelé la semaine dernière à relaxer la politique fiscale de la zone euro — c’est-à-dire celle de l’Allemagne — au lieu de s’en tenir à réduire les taux d’intérêts.”

Pour M. Ivanovitch, les Etats-Unis devraient faire pression sur l’UE pour qu’elle se mette à dépenser plus…

La dette de la zone euro est passée de 65 % du PIB avant la crise à environ 85 % du PIB aujourd’hui.

Comme tout un contingent d’économistes et d’analystes, M. Ivanovitch pense que les dépenses de l’Etat doivent complémenter les dépenses du “privé” quand celles-ci faiblissent, comme aujourd’hui par exemple.

L’intérêt ? Cela couperait court un cercle vicieux où l’abaissement des dépenses entraîne la baisse de la production et des salaires. Et donc les dépenses baissent encore plus et ainsi de suite.

La logique derrière tous les programmes de relance par la dépense — comme celui que veut M. Ivanovitch — repose sur cette idée.

Hausser les dépenses, disent-ils, augmente la production et les salaires. Cela mène à plus de dépenses, et ainsi de suite.

C’est le gros de la théorie. Mais évidemment, cela ne peut pas être vrai…

L’économie mondiale a bien réussi à arriver jusqu’ici sans que la demande ne soit activement gérée par les autorités à travers les siècles.

Et ce n’est pas parce que nous vivons dans un monde plus complexe que l’économie ne fonctionne pas plus ou moins de la même manière.

Et si un cercle vicieux de demande baissière n’a pas emporté l’économie mondiale jusqu’à aujourd’hui — sans que M. Draghi ou M. Powell n’aient été là pour l’en empêcher — c’est peut-être car des mécanismes plus profonds interviennent dans l’équation.

Peut-être que la demande baisse parfois, mais sans qu’un cycle vicieux ne soit enclenché. Peut-être que les banques centrales et les Etats n’ont pas besoin d’intervenir. Et que la demande se portera parfaitement bien sans elles.

Sûrement les gens qui travaillent à la Fed ne sont pas de benets. Sûrement M. Ivanovitch non plus n’en est pas un. Pourtant ils gobent comme une vérité inaltérable que l’Etat doit gérer la demande.

C’est comme s’ils disaient que sans une loi pour les y obliger, les gens arrêteraient peut-être d’avoir des enfants — mettant fin à l’espèce.

Pourtant l’Humanité a survécu et prospéré environ 100.000 ans sans que cela n’ait été un problème. Les gens ont su s’accoupler… et se reproduire… générant un accroissement régulier de la population de siècle en siècle — à l’exception de quelques épidémies, ravages de guerre, ou grosses dépressions par ci et par là — sans qu’on ne les dirige.

De même pour l’économie.

Mais voilà : M. Ivanovitch et tant d’économistes nous affirment que sans les lois appropriées, l’économie mondiale serait à deux pas d’entrer dans une spirale de destruction de laquelle elle ne pourrait pas sortir.

Et c’est un beau prétexte pour continuer à dépenser.