Les ETFs ouvrent des opportunités aux hedge funds

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Le CAC 40 est de nouveau en hausse aujourd’hui. Il reste en-dessous des 6.100 points du début du mois, à 6.050 points à l’heure où j’écris… Le rebond provient surtout du côté des États-Unis. Hier, les indices ont terminé dans le vert…

En effet, l’Organisation mondiale de la santé a calmé les esprits sur le coronavirus : “il est trop tôt pour que nous puissions conclure qu’il s’agit d’une urgence internationale pour la santé publique,” disait-elle.

Pendant ce temps, le PDG du géant de la pharma AstraZeneca, Pascal Soriot, disait que l’épidémie “semble en ce moment fortement restreinte.”

Et le président américain Donald Trump disait : “Nous avons cela totalement sous contrôle.”

Les marchés bénéficient aussi des résultats du trimestre. Plus de 12 % des entreprises du S&P 500 ont publié leurs comptes. De celles-ci, 70 % ont battu les prévisions des analystes… ce qui porte le marché à la hausse.

Le marché a-t-il trouvé son “élan” afin de pouvoir rebondir ? J’attends la prochaine missive d’Antoine Quesada aux lecteurs de Quitte ou Double  pour vous le dire…

Les ETFs ont créé une terrain de chasse pour les “activistes” dans les fusions et acquisitions

Matt Levine de chez Bloomberg écrit un exposé hier sur l’impact des fonds passifs sur le marché…

Cela semble avoir créé un terrain de chasse juteux pour les hedge funds…

Il pointe en particulier vers un rapport du Wall Street Journal, selon lequel les fonds “activistes” — qui tentent d’exercer leur influence d’actionnaire pour générer un retour — visent de plus en plus des situations de fusions et acquisitions.

Par exemple, ils achètent des parts d’une cible d’acquisition. Puis ils réclament plus d’argent à l’acquéreur — sous menace de faire obstacle à l’opération.

Le Journal explique :

“Perturber une opération de fusion ou acquisition est l’une des tactiques préférées des investisseurs activistes. Mais ils y portent encore de plus en plus d’intérêt dernièrement.

“L’année dernière, 60 % de l’argent dépensé par les fonds activistes mondialement a servi à des campagnes autour de fusions ou acquisitions, selon Lazard.

“Presque la moitié des opérations d’activistes ont impliqué une initiative pour encourager une opération à avoir lieu, ou alors réclamer une amélioration aux termes d’une transaction existante. Depuis 2015, ces types d’opérations représentaient seulement 35 % des cibles des activistes en moyenne chaque année.”

Pourquoi toute cette activité dans les fusions-acquisitions ? Explique M. Levine :

Les fonds passifs sont plus ou moins indifférents aux transactions entre entreprises — ils sont actionnaires dans tous les participants.

Mais cela crée une incitation plus importante pour les fonds activistes de tenter de changer les conditions d’une opération — et générer des retours rapides.

Vous vous souviendrez que les fonds passifs, les trackers tels que les ETFs, représentent une part de plus en plus importante du marché.

L’argent “passif” — les trackers — représente à présent 45 % des fonds sous gestion dans les actions US.

Comme je l’ai cité dans une missive précédente, environ 18 % en moyenne de n’importe quelle action américaine appartient aux ETFs. Le pourcentage varie d’action en action, et en général les très grosses sociétés appartiennent aux ETFs en des proportions moindres.

Plus d’opérations ont lieu au sein des sociétés quand elles ont une part plus grande d’actionnariat “passif.”

En effet, le fonds passif ne préfère pas une société à une autre… Du coup, il ne tiendra pas à maintenir l’indépendance d’une société. Il ne cherche pas à choisir le gagnant… donc il n’a aucun intérêt à faire opposition aux fusions.

Il n’a pas non plus intérêt à réclamer un prix plus fort lors d’une acquisition — car il détient souvent à parts égales l’acquéreur et la cible de rachat.

Une étude par des universitaires de King’s College, Durham, et l’institut ICMA, a montré que cela avait tendance à se traduire en fusions de meilleure qualité au globale :

“Lorsqu’une même institution financière détient des parts importantes de deux entreprises différentes, cela augmente la probabilité qu’elles fusionnent, et, de plus, cela améliore les résultats de l’opération. Cela réduit les prix payés lors d’une acquisition, favorise les paiements en titres plutôt qu’en cash, et réduit la probabilité qu’une acquisition s’avère négative pour l’acquéreur.

“De plus, les opérations entre entreprises détenues en proportions importantes par une même institution ont des coûts de transaction plus faibles, et les participants publient des chiffres plus transparents.

“L’impact sur les synergies de la fusion, et sur la performance à long terme sont positives, ce qui peut être attribué à un actionnariat désintéressé et non-transitif.”

En bref, l’actionnariat passif des ETFs a créé un environnement plus propice aux fusions et acquisitions en tout genre… Et cela a donc engendré beaucoup plus de cibles pour les “activistes” qui tentent de profiter des ces opérations en en influençant les conditions.

Spécialisation dans le marché

Vous avez deux types de modèle d’investissement dans le marché : l’approche des indices, qui est de rester le plus diversifié possible… et l’approche des activistes et les stock-pickers, qui tentent de concentrer leur activité quelque part, pour avoir un effet maximal.

Vous vous rappellerez que la vaste majorité de ceux qui tentent le stock-picking sous-performent l’indice sur lequel ils travaillent.

Mais dans des cas spécifiques, une concentration importante au sein d’une action peut avoir un intérêt particulier.

Dans le cas des hedge funds activistes qui se positionnent sur une seule action, leurs chances de succès sont plus importantes quand elles concentrent leurs moyens financiers sur une seule cible. Cela leur permet d’exercer une influence plus grande dans l’opération, et d’avoir des chances plus importantes d’obtenir gain de cause.

Notez que dans le cas des hedge funds activistes, acheter un grand nombre d’actions dans une seule et même boîte est à la fois un moyen de générer un profit — cela amplifie leurs retours. Mais c’est également un outil à cette fin — détenir ces titres leur permet d’exercer l’influence afin d’obtenir des conditions plus favorables.

Ce pari “concentré” a donc une valeur importante pour le hedge fund… Mais il obtient cet outil en prenant également plus de risque — car il est davantage exposé au cours d’une seule entreprise en cas d’échec ou d’imprévu.

L’arrivée des ETFs sur le marché est une forme de spécialisation entre les différents acteurs. D’une part, les groupes passifs et indifférents aux spécificités de chacune des entreprises sous gestion. Et de l’autre, des hedge funds et autres types d’investisseurs activistes ultra-concentrés sur des situations et des acteurs spécifiques.

En quelque sorte, les ETFs constituent à la fois une amélioration pour les particuliers — ils paient moins de frais et courent moins de risques –, et pour le marché au global. Cela crée un terrain de chasse plus propice pour ceux qui cherchent à concentrer leurs risques en visant des situations spécifiques.

Cette “création de valeur” a largement bénéficié aux sociétés de gestion des indices — nous l’avons vu. L’entreprise MSCI a pris 73 % sur un an. S&P Global Inc a pris 58 % sur un an.

Sans doute une tendance encore riche de potentiel…