Méfiez-vous sur la Française des Jeux

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Ne vous laissez pas manipuler par les médias et le gouvernement qui veulent réussir à vous vendre un organisme étatique… Je parle de la privatisation de la Française des Jeux. Celle-ci vit sous l’égide du gouvernement depuis sa création sous VGE en 1979. Elle a hérité du monopole sur les jeux de loto et les paris sportifs sur le territoire français établi en 1933.

Actuellement, l’Etat français en possède 72 %. Après l’émission des parts aux nouveaux actionnaires, il en détiendra toujours 20 %.

Puisque le groupe n’a jamais fait de levées de fonds ni n’a été échangé en Bourse comme une société typique, les autres actionnaires actuels sont ceux qui ont été sélectionnés ici et là par l’Etat au fil des décennies. Il y a des associations caritatives, comme les Gueules Cassées, autrefois occupés des blessés de guerre défigurés pendant la Première guerre mondiale. A présent ils soutiennent des initiatives plus diverses. Ils tirent toujours environ le dixième des revenus de la société avec les dividendes.

Le reste sont surtout d’anciens partenaires du groupe qui ont été absorbés au capital à travers l’histoire.

Un modèle protégé par l’Etat et stagnant

Les société qui sont sur le point d’être cotées en Bourse publient un document qui montre les grandes lignes du fonctionnement de la société. Ce ne sont pas des comptes tels que le publient un groupe côté… mais il donne une idée de la situation.

Ce qui en sort, c’est que la FDJ est un groupe affichant des revenus peu changeants d’une année sur l’autre… avec des revenus croissant au rythme de 2% par an environ.

Et qui est surtout protégée par son monopole : Comme l’explique l’un des titres de page, “le monopole reste le modèle dominant pour la loterie” en Europe.

Le vrai business model que propose la FDJ, ce n’est pas de proposer des jeux de chance, mais surtout de toucher à une rente basée sur la protection contre la concurrence par les Etats. Et même avec cela, vous ne devriez pas vous attendre à des chiffres de croissance particulièrement attirants. Le loto, en soi, n’est pas une industrie en grande expansion.

Et puis, il faut noter qu’en dépit d’une privatisation, le groupe continuera de servir surtout de vache à lait aux autorités. En 2018, sur le produit “brut” de 5,1 milliards d’euros, l’Etat a prélevé 3,3 milliards $. Et c’était avant les taxes sur le bénéfice et les dividendes qu’il a perçu en tant qu’actionnaire majoritaire. En gros, l’Etat va continuer de toucher la majorité de ce que produit le groupe… même avant tous les autres impôts — dont l’impôt sur les sociétés et sur les distributions aux actionnaires.

Mais faut-il investir dans l’introduction en Bourse de la FDJ ?

A mon avis, vous feriez mieux de rester à l’écart. En effet, dans l’histoire des privatisations d’entreprises détenues par l’Etat, vous avez surtout des situations où le grand public et les financiers ont cru dans les promesses faites et une vision édulcorée d’une société, qui s’est avérée décevante.

EDF, Engie, France Telecom (devenu Orange), ont tous laissé un mauvais goût à la bouche des investisseurs. L’Etats en a vanté les bienfaits… les investisseurs y ont cru. Mais il s’est avéré à chaque reprise que la situation réelle était bien moins savoureuse que prétendu. Voire même catastrophique (on peut le dire dans le cas d’EDF qui ne subsiste que grâce à la volonté de l’Etat de lui fournir plus d’argent pour se maintenir en vie).

D’ailleurs, les déceptions ne sont pas propres à la France. Les grandes privatisations menées par les Etats semblent produire des pertes aux nouveaux actionnaires avec une régularité surprenante. Les grosses privatisations d’entreprises nationales de pétrole et de gaz, les exemples les plus connus étant au Brésil et en Russie, ont laissé de très mauvais souvenirs à beaucoup d’actionnaires.

Comment la privatisation mène l’investisseur à mal

Dans le cas de la FDJ, vous avez deux éléments : D’abord, une entreprise réelle avec des produits — des billets de loto ou paris sur des jeux de sport — qu’elle vend à des clients. Ensuite, vous avez le monopole d’Etat qu’elle détient encore.

L’avantage au moins est de ne pas avoir de gros coûts, comme peut l’avoir une société d’énergie ou de télécom.

C’est ce qui rend le modèle des sociétés de loto et de jeux attirants… C’est surtout une question de marketing et d’actuariat.

La proposition de fond du jeu est d’une simplicité totale :

Vous vendez des billets, et puis vous déboursez moins aux gagnants que vous n’avez perçu au total de la part de tous les participants. La différence représente votre marge qui vous permet de payer vos employés et vos partenaires — tels les buralistes qui vendent vos billets —, puis de payer un dividende aux actionnaires.

Cela ressemble au business model d’une société d’assurance ou d’une banque. Sauf que les calculs sont encore plus simples. Tout peut être contrôlé puisque les règles du jeu sont ceux que vous désirez.

Tout le jeu pour une société comme la FDJ repose dans le fait de faire rentrer le plus d’argent possible… en trouvant toujours de nouvelles personnes intéressées, et en leur vendant plus de billets.

Mais la FDJ ne s’est pas développée dans un environnement dans lequel elle avait besoin d’effectuer un effort important de ce point de vue-là. La société a toujours bénéficié de l’appui de l’Etat lui fournissant un monopole sur les jeux de chance.

Si vous retirez ce monopole… alors tout à coup vous avez une société dont le modèle consiste à faire quelque chose de très simple — facile à imiter pour un concurrent — et d’avoir en plus affaire à des concurrent prêts à rogner les marges… voire lui prendre le trône.

En plus de cela, la participation restante dans le groupe par l’Etat — les 20 % ou plus qu’il détiendra après la privatisation — vont permettre au gouvernement de “faire blocage” ici et là lors de prises de décision importante. Mais l’Etat n’est pas une actionnaire typique qui cherche à améliorer ses chances de retours, tout en réduisant au plus ses risques.

Le gouvernement a des intérêts divergents, et il existera toujours des factions qui seront prêtes à utiliser le pouvoir restant de l’Etat sur la FDJ afin de faire de la politique… Cela peut passer par le simple fait de pouvoir s’opposer à la nomination de certains directeurs, refuser des restructurations ou réorganisations internes… ou résister à une acquisition du groupe — ou une partie de ses actifs — par un tiers.

Quel est l’intérêt ?

Les journaux nous apprennent que l’Etat veut relancer l’intérêt des Français pour la Bourse par le biais d’une société à laquelle ils peuvent faire confiance. L’Etat est là pour s’assurer que tout ira bien.

Comme l’écrivent les infos aujourd’hui, la France comptait environ 9 millions d’actionnaires en 2000, contre environ 3 millions aujourd’hui. C’est comme si le Français moyen s’était totalement fâché avec la Bourse et les investissements.

Et pour cause.

Les actions ont fait des pertes monumentales en 2002 et ensuite en 2008. Si bien que le particulier n’a à peine eu le temps de panser ses plaies.

Les gens tirent les leçons de ce qu’ils vivent… et ce qu’ils ont vécu dans la Bourse française ne laisse rien à désirer.

Et puis par ailleurs, le gouvernement n’est pas prêt de laisser ceux qui s’aventurent en Bourse jouir du moins du fruit de leur risque.

Jusqu’à la création de la flat taxe, entrée en vigueur le 1er janvier 2018, les Français payaient le même taux que leur niveau marginal d’imposition, plus toutes les charges, sur leurs dividendes et plus-values. La taxe totale pouvait donc atteindre les 70 %.

Bien sûr, l’Etat vous prend vos gains. Mais ne vous aide pas quand vous faites une perte. Or, la Bourse comporte toujours des risques.

Ce n’est pas surprenant, tout cela étant dit, que les Français ont cru bon de s’abstenir plutôt que de courir des risques qui étaient peu propices de leur fournir des retours convenables.

L’attitude des Français vis-à-vis de l’épargne indique qu’ils sont, au global, plus préoccupés de conserver ce qu’ils ont, plutôt que de tenter de le faire fructifier. Cela fait des années qu’ils voient plus de risque que de promesse à l’investissement.

Et ce groupe en particulier, la FDJ, n’est pas sur le point de les enchanter. Les financiers de Wall Street, ou de la Défense sont rarement satisfaits de petits gains de chiffre d’affaires par ci par là. Ils s’attendent à ce qu’une société puisse s’adapter et concurrencer de nouveaux marchés.

Le groupe FDJ, même si l’Etat ne reste plus qu’à 20 % du capital, va certainement rester fortement sous son influence. Tous ses dirigeants et cadres actuels ont été mis en place sous son contrôle. Vont-ils acquiescer d’un changement de cap qui pourrait permettre de donner plus de dynamisme au groupe ? De payer plus d’argent aux actionnaires plutôt que l’Etat ?

Et les actionnaires des gros fonds d’investissement vont-ils demeurer au capital d’une société autant tributaire du gouvernement… et dont les précédentes itérations — les groupes d’Etat qu’on a vendu aux marchés dans le passé — ont déçu les actionnaires à répétition ?

Pour moi, la FDJ a encore beaucoup à prouver aux marchés sur sa capacité de fonctionner et de payer de retours intéressants… tout en se distanciant de l’influence de l’Etat sur ses dirigeants.

Comme les précédentes privatisations, un désillusionnement massif risque de le matraquer dès sa sortie.