MSCI, S&P Global, et la rentabilité de l’inaction

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Le CAC 40 est actuellement autour de 6.030 points, continuant de coller les records nouvellement établis.

Les marchés américains continuent de grimper; à présent, les investisseurs attendent la signature d’un accord de “phase un” entre Washington et Pékin.

En signe de bonne foi, les États-Unis ont retiré la Chine d’une liste de pays “manipulateurs de monnaie” lundi soir.

Et la Chine serait prête à consacrer environ 200 milliards $ à l’achat de biens et de services américains… ce qui présente bien avec l’électorat de M. Trump.

L’investissement “paresseux” paye

Un article dans le Financial Times rapporte qu’une barre vient d’être franchie dans le domaine des fonds d’investissements passifs, les trackers (tels que les ETFs)… ces produits viennent de pulvériser la barre des 10.000 milliards $ sous gestion. Ils atteignaient 11.400 milliards $ en fin novembre dernier.

10 ans avant, ils représentaient seulement 2.300 milliards $ sous gestion… mais leur popularité a continué à grandir aux yeux des particuliers… et pour cause : la vaste majorité des gérants de fonds ne parviennent pas à battre les indices.

Seuls 28 % des gérants de fonds ont réussi à battre le principal indice de leur marché en 2019, rapporte Bank of America. Et seulement 11 % ont réussi sur 10 ans.

Sur les 10 dernières années, les gérants de fonds ont souffert d’une “vague de rédemptions,” écrit Savita Subramanian, analyste-en-chef à la banque.

Et d’après Morgan Stanley, la quantité de rédemptions — l’argent qui quitte les fonds activement gérés — a atteint 1.000 milliards $ sur la dernière décennie.

En gros, l’argent quitte les fonds actifs — qui réclament des frais importants et ne font pas mieux qu’un panier ultra-diversifié d’actifs — et vont vers les fonds passifs, les trackers, où ils paient moins de frais et ne souffrent pas d’une baisse de la performance.

En 2018, les fonds passifs avaient quasiment la même part de marché que les fonds actifs sur le marché US, à 48 % des investissements.

Et un article récent de Bloomberg rapporte qu’en dépit des dégâts subis par les gérants qui perdent des fonds sous gestion, les entreprises qui gèrent des ETFs et fonds indiciels bénéficient de fortes performances.

Par exemple, l’action du groupe S&P Global Inc., qui gère l’indice S&P 500, a grimpé de 65 % dans les 12 derniers mois. Et l’action de son rival MSCI Inc., qui propose un grand nombre d’indices sur les bourses internationales, a grimpé de 76 %.

En faveur de l’inaction

Plus globalement, quand les investisseurs s’attendent à battre le marché, ils ont généralement tort. La raison étant que les marchés sont faits de millions de participants… chacun d’entre eux, en théorie, aura accès à une bonne quantité de l’information à laquelle vous avez accès.

Or, pour les battre au jeu, vous devez avoir une raison de croire qu’ils n’ont pas déjà établi le juste prix pour un certain actif. Vous devez parier que dans une certaine instance, la théorie des “marchés efficaces” n’est pas valable.

Des fonds comme Renaissance Technologies ont par exemple compris que les ordinateurs pouvaient détecter des décalages dans les différents prix qui sont corrélés — comme le prix d’un actif et le prix de l’actif sur le marché des futurs — de manière plus rapide et plus efficace que des traders humains…

D’autres, comme Citadel, le groupe de high-frequency trading le plus connu, ont vu que les différentes bourses n’affichaient pas les mêmes prix pour les mêmes actifs au milliseconde près. Le groupe a réussi à profiter de ces décalages en créant des systèmes plus rapides.

Évidemment, la théorie des “marchés efficaces” n’est jamais tout à fait juste. Les prix grimpent et baissent en permanence, même en l’absence d’informations nouvelles. Cela car les situations externes changent.

Les attitudes changent… ou bien la disponibilité de fonds à mettre sur les actifs change.

(En ce moment, la quantité d’argent qui arrive dans les actifs grimpe, en partie grâce à un endettement massif au niveau global… arrivé fin mars 2020, environ 6,1 billions $ vont avoir été empruntés dans une période de 9 mois, rapporte le Institute for International Finance).

Prévoyez ces changements — ou leurs effets — à l’avance, et vous auriez une chance de battre le marché… mais la majorité des investisseurs n’ont pas d’avantage particulier pour le faire. Voilà pourquoi la passivité paie. Certes, vous ne battez pas le marché. Mais vous ne commettez pas d’erreurs coûteuses.

Mais d’un autre côté…

Évidemment, les marchés sont des systèmes dynamiques… Ils ne cessent jamais d’évoluer.

L’engouement du marché vers les placements passifs n’est sans doute pas prêt de s’arrêter.

Selon les chiffres publiés en 2019 par le Investment Company Institute, la quantité de fonds sous gestion — active ou passive — mondialement est de 46 billions $. Donc les fonds passifs ne représentent toujours que le quart environ des fonds investis…

Mais cela devrait réduire la surperformance des indices avec le temps. En effet, les indices achètent tout à égalité. Donc, plus les fonds passifs deviennent importants, plus les écarts de performance entre les différents actifs individuels devrait se réduire…

En effet, ces écarts n’existent que grâce aux investisseurs qui regardent les actions au cas par cas.

Les indices ne sont jamais qu’un moyen — étrangement rentable — pour parier que vous n’êtes pas en mesure de battre le marché dans l’ensemble… et c’est un pari qui s’est avéré gagnant pour bon nombre d’investisseurs.