Tesla : la prévision de 7000 dollars l’action…

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Le coronavirus est en train de se propager, mais le marché est moins inquiet. Le CAC 40 renoue avec les 6.000 points… et l’indice européen Stoxx 600 fait un plus-haut historique. Il a enfin dépassé le pic de mai 2007… le résultat d’une longue remontée sur plus de 10 ans…

Les résultats trimestriels des grosses entreprises ont impressionné les investisseurs.

Mais une valeur en particulier fait parler le monde de l’investissement… l’action Tesla.

En fin de journée mardi, à Wall Street, Tesla a atteint un pic de 962 $ le titre, soit une envolée de 169 % depuis le 1er décembre.

Ce qui était particulièrement intrigant, c’était l’absence d’explication claire pour le mouvement dans le cours… mis à part peut-être l’ouverture plus rapide que prévue d’une usine en Chine… ou alors la mise sur le marché d’un nouveau type de véhicule, appelé le “Modèle Y…” ou alors un trimestre de rentabilité, révélé fin janvier… mais réalisé grâce à un “artifice,” la vente de crédits environnementaux à des concurrents.

Mais les grosses sociétés de Wall Street avaient du mal à trouver des explications au départ surprise du prix à la hausse… Certains, comme le gérant légendaire Steve Eisman (connu pour avoir shorté le marché immobilier avant 2008), ont parlé de “couverture” des ventes à découvert.

En effet, quand l’action monte, ceux qui ont vendu le titre à découvert perdent de l’argent. Si les vendeurs à découvert veulent clôturer leurs positions, ils sont obligés d’acheter le titre, ce qui peut lui donner une impulsion à la hausse.

Mais comme le dit Matt Levine chez Bloomberg, la quantité totale de ventes à découvert sur le titre n’a pas sensiblement changé… Et puis, une grosse partie de ces ventes proviennent de gérants qui ont des positions dans les bons convertibles de Tesla. Ils vendent à découvert afin de réduire leur risque par rapport au cours, et non pour profiter d’une baisse du prix. Étant donné qu’ils détiennent de toute manière des bons convertibles, leur position totale sur l’action est neutre.

À présent, après avoir presque atteint les 1.000 $ par action, le cours est redescendu sur Terre, à 748 $. Cela représente tout de même une performance de 136 % sur 1 an.

L’inconnaissable avenir

L’investissement tente de prendre en compte à la fois la situation existante, et les développements futurs, d’une activité… Pour cette raison, tout investisseur, quel qu’il soit, est fondamentalement un “contrarien.” Il pense que le marché n’est pas actuellement à sa “juste” valeur, et donc qu’il reste de l’argent à prendre sur la table.

La question est donc de déterminer le meilleur moyen de le faire. Les marchés sont constamment en train de nous surprendre. Après tout, il s’agit des valorisations qui sont données à des actifs par des milliers, voire des millions, d’autres individus. Une grande partie dotés de bien plus de fonds et de capacités de recherche que nous autres…

Mais une action telle que Tesla laisse tout de même bouche-bé. Les soucis de l’entreprise sont évidents… Ils produisent un nombre minime de véhicules, par rapport aux autres constructeurs, et n’ont pour l’instant pas réussi à devenir rentables. L’entreprise était rentable pendant un trimestre en 2016, puis deux en 2018, et deux en 2019.

Mais en 2019, par exemple, malgré deux trimestre “rentables,” Tesla a tout de même annoncé une perte pour l’année de 862 millions $.

Ce n’est pas le genre de société qui “devrait” être la société d’automobile la plus valorisée au monde, devant des groupes comme Toyota, PSA, ou Ford…

Et pourtant, voilà… Qui connaît les dirigeants de ces société rentables et qui vendent des millions de véhicules par an ? Elon Musk, lui, possède une fortune de 37,7 milliards $.

Beaucoup de gens vont dire que le marché a tort… mais pourquoi ne pas remettre en question sa propre vision des marchés ? Après tout, quel est vraiment le “juste prix” de n’importe quel actif ?

En pratique, ce qui limite un actif quelconque en Bourse, et, par exemple, les investisseurs de WeWork en ont subi les conséquences, c’est l’existence d’alternatives moins coûteuses.

Quand une société fait plus ou moins pareil que d’autres sociétés dans un même secteur, les valorisations dans l’ensemble resteront rattachées les unes aux autres.

Quand WeWork a tenté de se vendre comme startup révolutionnaire, les investisseurs ont pris note de l’existence de compétiteurs existant — avec des marges permettant d’établir ce qui était plausible dans le secteur, et déterminer un “juste prix.”

C’est ce qui a fini par mener à l’arrêt de l’IPO… qui aurait valorisé l’entreprise pour nettement moins que les investisseurs “privés” derrière les dernières levées de fonds.

Mais quand une entreprise émerge qui n’a pas de “pairs,” alors les questions de valorisation sont moins évidentes… le marché ne sait pas tout à fait ce à quoi il a affaire… et cela ouvre donc la possibilité pour une capitalisation boursière qui n’est pas forcément bornée par grand’ chose.

Peut-être, après tout, que les produits de Tesla sont réellement révolutionnaires… et peut-être que, à l’instar d’Apple avec les smartphones, ce groupe-là sera le gros gagnant tandis que ces types de véhicules deviendront de plus en plus courants.

Le point sur lequel j’essaie de m’appuyer, c’est que les marchés suivent leur propre logique… en tant qu’investisseur, le but n’est pas de détenir les actions qui nous font plaisir, de détenir des boîtes que nous respectons ou qui nous semblent “bonnes,” c’est de détenir des actifs qui ont une chance de devenir plus chers aux yeux du marché…

Et en ce moment, l’action de Tesla possède quelque chose que le marché apprécie beaucoup… même si ce ne sont pas des marges de bénéfice.

Le groupe IHS Markit, qui publiait sur son blog une analyse sur Tesla, constatant qu’une “couverture” des ventes à découvert n’avait pas eu lieu, concluait ceci :

“Une dernière explication, qui pourrait s’avérer être la plus importante : L’accroissement de placements sur la hausse, de la part d’investisseurs qui s’enthousiasment pour l’aube des voitures électriques, joue vraisemblablement un rôle, poursuivant une tendance qui existe depuis l’entrée en Bourse de la société, il y a près de 10 ans.”

Le “plus gros supporter” de Tesla

Et si vous souhaitez voir en oeuvre une réflexion “optimiste” par rapport à Tesla… alors vous pouvez vous diriger vers un rapport récemment publié par la société d’investissement Ark Invest.

Le groupe a récemment bénéficié de publicité autour d’une prédiction très haussière pour le titre Tesla. D’ici 2024, concluent-ils de leur analyse, l’action Tesla vaudra 7.000 $ dans un cas “neutre.” Une analyse “conservatrice” leur permet de mettre un objectif de 1.500 $. Et une analyse “favorable” leur permet d’y mettre un objectif de 15.000 $.

L’analyse repose sur 2 gros facteurs…

D’abord, l’application d’un concept appelé “Wright’s Law,” une théorie liée à la “Moore’s Law,” qui est plus connue.

L’idée de Moore’s Law, c’est qu’à chaque année qui passe, deux fois plus de transistors peuvent être mis sur une carte à puce d’une même surface… Le Pr. Moore l’a postulé en 1965, et cela a tenu bon, étonnamment près, depuis lors.

Mais Wright’s Law est une variation plus ancienne du même concept, remontant à une étude publiée en 1936. L’académicien en question a trouvé que les coûts requis pour produire une pièce d’assemblage pour les avions se réduisaient au fur et à mesure que le nombre d’unités produits augmentait.

En gros : plus vous fabriquez d’ampoules, par exemple, plus le coût d’en fabriquer une nouvelle devient faible… et cette réduction des coûts suit une courbe assez prévisible, dictée par la Wright’s Law.

L’analyse d’Ark Invest applique ce principe aux batteries électriques qui servent à faire fonctionner les véhicules électriques… en notant que la réduction des coûts par unité avec le nombre produit est d’autant plus importante au début d’une tendance.

“Alors que coûts de Ford Motors [pour fabriquer un véhicule] ont stabilisé, les coûts de fabrication de Tesla devraient continuer à baisser au cours des 5 prochaines années, car le moteur à combustion interne est une forme de technologie nettement plus mature que la pile à ion-lithium. Une technologie plus mature cesse de se réduire en coûts, parce qu’il faut plus de temps pour que la production d’un bien établi augmente sensiblement.

“Mondialement, les constructeurs automobiles ont fabriqué environ 5,4 millions de véhicules électriques à ce jour, soit moins de 1 % des 2,6 milliards de véhicules à moteur thermique jamais produits. Même si la production de véhicules à moteur thermique se stabilise autour de 90 millions de véhicules annuellement, il faudrait environ 29 ans pour que le production cumulative double, alors qu’il ne faudra que 1 ou 2 ans pour que le nombre de véhicules électriques produits, en cumulé, double.”

L’analyse d’Ark Invest repose également sur la possibilité sans doute lointaine — mais à laquelle ils attribuent 30 % de chances d’arriver –, que Tesla mette au point une technologie pour rendre les véhicules autonomes.

En bref, le pari sur Tesla est une mise sur un engrenage d’effets fortuits et positifs… qui ont la possibilité de se combiner pour créer un mastodonte de la technologie d’ici 5 ans.

Évidemment, dans la technologie, tout est possible. Personne ne connaît l’avenir.