Une foire au crédit

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C’est la saison de Noël et, c’est avec un esprit festif que le marché se prépare à entrer dans la nouvelle année… les ciels bleus semblent s’étaler jusqu’à l’horizon. Bien sûr, tout le monde sait que c’est un faux-espoir. Avant l’arrivée du printemps, il reste encore l’hiver. Seulement lorsque l’espoir de jamais revoir la chaleur d’été aura disparue… alors les beaux temps reviendront.

De même avec les marchés. Les beaux jours se bâtissent sur l’effort, la dure labeur des jours plus gris… pendant lesquels l’espoir-même a été mis à l’épreuve.

Mais ce n’est plus la logique telle que le comprennent les gérants des banques centrales. Ces-derniers voient la possibilité d’une “grande régulation,” à savoir la possibilité de jours heureux sans la souffrance et les revers qui doivent caractériser le dur processus de l’apprentissage.

Croire à l’expansion inlassable du marché, c’est croire au printemps tous les jours… mais il faut un hiver. Et les actions ne traversent plus d’hiver depuis un moment. Si bien qu’elles ne se souviennent même plus du froid.

Nous avons fait l’expérience de deux gros replis au cours des 20 dernières années — en 2000 quand la bulle des dot-com a éclaté, puis en 2008, à cause de subprimes et le surenchérissement des valeurs immobilières.

Depuis, c’est tout rose. Et même avec ces replis, la tendance générale est haussière depuis 1980.

L’ascension du CAC 40, qui a clôturé au-dessus de 6.000 points une nouvelle fois vendredi, n’est pas isolée… Elle a lieu de paire avec les records du S&P 500 et des principaux indices boursiers mondiaux.

Même les Russes, supposément les ennemis jurés de Washington, profitent d’une belle envolée. L’indice RTS, qui mesure les prix des actions russes rapportés en dollars, a pris 28 % sur an, pile-poile à égalité avec le CAC 40 !

Et c’était également un belle année pour le DAX allemand, en hausse de 26 %, ainsi que l’indice italien, le FTSE Italia, en hausse de 29 %.

Inventions financières…

Les problématiques des banques centrales sont universelles. Mondialement, la tendance est à l’assouplissement monétaire un peu partout. Comme je l’écrivais hier, il y a eu 90 baisses de taux séparées de la part des banques centrales à travers le monde en 2019.

L’idée globale est de relancer l’économie — de donner un coup de jus à la croissance — en encourageant les emprunts. L’idée est que, lorsque les taux sont bas, cela signale que les emprunts sont bons à prendre… Du coup, les entreprises et les particuliers emprunteront. Et ils dépenseront. Si bien que l’économie semblera gagner du terrain.

Selon le Institute for International Finance, la dette mondiale a effectivement grimpé d’en-dessous des 210.000 milliards $ en 2012 à plus de 246.000 milliards $ aujourd’hui. C’est l’équivalent de 320 % du PIB mondial.

En d’autres termes, mondialement, nous sommes en plein milieu d’une grosse vague d’endettement.

Les premiers craquement issus de cette vague d’endettement sont moins ici en Europe, où les valorisations des actifs sous-jacents ont tant grimpé que le niveau de dette — en relation aux actifs — demeure contrôlé.

Non, il faut regarder vers les pays plus marginaux, économiquement. Il faut regarder l’Inde, par exemple. Dans l’espoir de relancer sa croissance stagnante, le gouvernement organise des melas… des sortes de foires urbaines dédiés à l’offre de crédits.

Cela n’a pas l’air d’avoir fonctionné. Les émissions de crédit sont en berne dans le pays, sous l’effet d’une crise des liquidités qui est apparue l’année dernière. Le système bancaire a émis seulement 8,8 % de prêts de plus par rapport à l’année précédente. L’année précédente, ces émissions de prêts avaient grimpé de 14,4 %.

Selon Bloomberg, la qualité moyenne des crédits détenus par les institutions indiennes est en  baisse de 11,5 % depuis 2012… un déclin progressif qui met de plus en plus à mal le secteur financier indien.

Tandis qu’un autre indicateur de l’accroissement du risque, le spread (“l’écart”) entre les intérêts sur les obligations étatiques, et les obligations corporate indiennes, est au sommet de sa fourchette depuis 2012, à plus de 5 %.

Aux États-Unis, par exemple, le spread équivalent est vers le bas de sa fourchette, car le marché anticipe des risques faibles pour les créances au global. Il est à 2 %.

Les marchés américains et européens sont plus gros. Il est logique qu’ils évoluent plus lentement. La volatilité y est plus faible, tout simplement.

Mondialement, les banques centrales n’en finissent pas “d’assouplir.” Les marchés répondent avec des émissions de dette plus élevées. Cependant, les investisseurs doivent garder en tête le revers de la médaille, lorsque la valeur concrète du sous-jacent est remis en question.

Cela n’a pas encore lieu ici en Europe. Par contre, l’Inde offre une vision possible du risque qui attend.

À suivre.